Obsèques nationales d’ATT au Mali : Pourvu que son exemple inspire le colonel Goïta et Cie

Obsèques nationales d’ATT au Mali : Pourvu que son exemple inspire le colonel Goïta et Cie

Ainsi donc, c’est fini ! Amadou Toumani Touré (ATT) a dit son dernier au revoir au monde d’ici-bas ce 17 novembre 2020. Cérémonie solennelle. Sobre, mais gorgée d’émotions. La place d’armes du génie militaire de Bamako a accueilli les derniers saluts à la dépouille de celui que le Mali pleure aujourd’hui.

Les drapeaux en berne pendant trois jours racontent ce que le militaire a fait pour son pays. La présence remarquée d’un certain Alpha Oumar Konaré est à noter, l’homme qui était devenu rare dans les cérémonies officielles depuis son départ du pouvoir en 2002.

 Ce 17 novembre, les visages, les soupirs rappellent les leçons que ATT a données. Putschiste, il l’a été, pour donner écho à une grogne populaire contre le régime de Moussa Traoré. Patriote, il l’a été, en remettant le pouvoir aux civils. Et démocrate, il l’a été, en revenant reconquérir le même pouvoir, cette fois par les urnes et avec la manière. La veille, et contre l’avis de la famille, le cercueil de l’homme qui avait fait de la démocratie consensuelle son mode de gouvernement, a été promené dans Bamako, sous les ovations des populations et des cris de «ATT-ATT … !». Une façon pour le pouvoir de la Transition de rendre un hommage populaire au père de la démocratie malienne.

«Bâtisseur», il l’a été. Les Maliens se souviendront des projets que leur ancien président a initiés. «Les logements ATT» sont là pour le chanter à la cantonade. Tout comme le fameux «consensus à la malienne» qui a fait sa renommée et a réussi à réunir ses compatriotes autour de l’essentiel.

Malheureusement, l’homme n’est pas 10, il est neuf, comme on le dirait du côté de la rivière Kadiogo. Le principal reproche que l’on pourrait faire au «soldat de la démocratie», c’est l’état de délitement actuel du nord Mali. Cette partie du pays se trouve dans une situation catastrophique et ses origines déroulent leurs racines jusque sous le magistère d’ATT où des terroristes échangeaient des otages contre espèces sonnantes, parfois sous la houle de sa médiation.

 De même pour ses détracteurs, c’est en laissant Kadhafi faire ce qu’il voulait au Nord, et en ouvrant grandes les frontières du pays à ses supplétifs après sa mort qu’ATT a aggravé la situation sécuritaire.

Mais à l’époque, on lui a un peu forcé la main, les pays européens ayant souhaité que la négociation prévale sur  le coup de force contre les preneurs d’otages. Surtout qu’une sorte de concorde soit établie. De sorte que les herbes vénéneuses ont réussi à prendre pied et à proliférer comme une salace gangrène qui a fini par dévorer cette jambe importante du Mali. La conséquence, ATT l’a payée en perdant le pouvoir le 22 mars 2012 d’une cruelle manière. Il a été éjecté du fauteuil présidentiel par un coup d’Etat, juste  à quelques jets de pierre de la fin de son mandat. Par un autre militaire, Aya Amadou Sanogo.

Puis, la pénombre l’a englouti dans l’exil sénégalais. Mais il en est revenu plus requinqué, plus auréolé d’un homme providentiel. Ses solutions pour sauver le nord Mali, sont aujourd’hui appliquées. Une unification de tout le Sahel contre l’hydre. Il est parti en faisant comprendre aux militaires qu’ils peuvent être des artisans de la démocratie. Prendre le pouvoir juste pour servir sa patrie et le remettre afin que les choses puissent reprendre leur bon chemin.

Se battre pour le meilleur pour ses compatriotes. Il exhorte à sa manière les dirigeants africains à  investir dans les infrastructures. Son souhait n’était sans doute pas de pousser son dernier soupir hors de son pays. La preuve, il a d’abord été hospitalisé dans un hôpital du Mali, construit avec son épouse, où il a subi une opération complexe du cœur. Une fierté pour l’homme et une voie montrée pour un réel développement des pays africains. Hier, coup de pelle après coup de pelle, c’est une grande page de l’histoire du Mali qui se tourne. Il faut souhaiter que l’exemple ATT serve d’inspiration aux actuels dirigeants du Mali en particulier aux militaires de la junte qui ont renversé IBK. En effet, si en apparence la Transition est civile, dans le fond elle est militaire, et le CNT le sera également sans doute, avec le colonel Assimi Goïta, qui aura à désigner les 22 militaires qui y siégeront.

Ce même vice-président de la Transition devrait avoir le cas ATT comme boussole : organiser des élections dans 16 mois, passer la main aux civils comme l’a fait le défunt en 1992 à Konaré. Passer par des subterfuges pour prolonger ce délai imparti, essayer de faire tomber le treillis pour endosser un boubou amidonné pour rester au palais de Koulouba, serait déshonorer sa mémoire et un pis-aller. L’histoire, l’histoire des dirigeants doit servir et ça tombe bien, ATT part au moment où de jeunes frères d’armes répètent son geste du 26 mars 91. Pourvu qu’ils le copient jusqu’au bout. Qu’il repose en paix, et que ses actes et ses erreurs servent de ferment aux vivants.

 Ahmed BAMBARA

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