Obsèques présidentielles pour le général Gaïd Salah : Tebboune, le président orphelin face à Hirak et aux Algériens

Obsèques présidentielles pour le général Gaïd Salah : Tebboune, le président orphelin face à Hirak et aux Algériens

Hier au cimetière d’Al-Alia dans le carré des Martyrs réservé aux chefs d’Etat, pelletée, après pelletée, un pan de l’histoire politique de l’Algérie venait d’être enseveli, avec l’inhumation du général Ahmed Gaïd Salah.

Exposition du cercueil 4 heures durant au palais du peuple, un cercueil qui sera transporté par un char, sous les youyous des femmes, et accompagné par des milliers de ses compatriotes jusqu’au cimetière. Des funérailles nationales, retransmises par la télévision nationale !

Ça fait sourire sans doute les Algériens, et tous ceux qui sont introduits dans les arcanes du pouvoir, quand on se gargarise que c’est du jamais vu : un chef d’état-major des armées reposant auprès de ces patrons de chefs d’Etat dans un cimetière ! Mais Diantre ! Gaïd Salah depuis le 2 avril dernier était de fait le chef de l’Etat du pays. De jure, il y avait le président intérimaire civil, mais la réalité du pouvoir était entre les mains de ce presque octogénaire. Son mentor, Bouteflika qu’il sacrifia pour donner l’illusion d’un changement des mœurs politiques, il était désormais le seul maître au gouvernail. Au demeurant, il l’a prouvé car cran après cran, il a conduit la pseudo-transition jusqu’au bout, il aura vu les élections se dérouler, l’élection du président Abdelmadjid Tebboune, et surtout il aura tenu en respect le mouvement Hirak et résisté aux manifestants des mardis et vendredis de Oran, Beija, Constantine et Alger, …

Pour le système Boutef, Gaïd Salah méritait bien ces funérailles dignes d’un président de la république.

Il aura su préserver ce qui est de la galaxie Boutef, depuis la démission forcée du reclus de la balnéaire de Zéralda.

Disparu, une période de flou s’ouvre sur l’Algérie, à moins que le nouveau président n’habite vite la fonction et fasse rapidement ses preuves.

Si son pygmalion politique le général Gaïd Salah était adossé à l’armée, et même Boutef, lui Tebboune, même s’il a reçu l’onction des électeurs, est contesté, car ceux qui ont dirigé le processus et même l’élection proprement dite sont rejetés par les Algérois.

Tebboune pourra sans doute compter sur le remplaçant de Gaïd, Saïd Changriha, mais il est fragilisé par cette disparition, en même temps que l’Algérie qui n’est pas encore dépêtrée de l’incertitude.

En effet, même Gaid Salah mort, Hirak a clairement signifié que ses revendications matricielles et principielles demeurent non-négociables : à savoir que cette présidentielle n’est pas valide, et qu’il faut carrément une Tabula rasa, avant de tenir des élections. En clair, si la mort leur a offert la tête de celui qui fut 15 ans durant chef d’état major des armées, ce n’est pas le cas pour le tout système Boutef, dont certains maillons pourraient d’ailleurs reprendre du poil de la bête.

C’est dire que le général qui repose désormais au cimetière d’Al-Alia, laisse Tebboune orphelin, mais également une Algérie, qui n’a pas encore fini de faire sa révolution. A savoir l’émergence d’hommes neufs, non-mêlés aux pratiques de ces 20 dernières années, et l’avènement d’un nouveau paradigme politique, débarrassé de tous les miasmes de la mal-gouvernance. Les prochains jours en Algérie seront très déterminants pour l’après-Gaïd Salah. 

Zowenmanogo ZOUNGRANA

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