Pascal Affi N’Guessan du FPI : «Avec le retour de Laurent Gbagbo, soit le FPI est unifié, soit c’est l’implosion»

Pascal Affi N’Guessan du FPI : «Avec le retour de Laurent Gbagbo, soit le FPI est unifié, soit c’est l’implosion»

Pascal Affi N’Guessan, a toujours été FPI, malgré l’étiquette de FPI «arrangé» que d’aucuns lui collent à la peau, par opposition au FPI (tendance Adou Assoa), celle qui est restée fidèle à Laurent Gbagbo. Sa volte-face lors de la présidentielle du 31 octobre 2020, où il a été retenu dans la short liste par les grands juges, cette rebuffade pour rejoindre les Bédié et Cie aux fins de la désobéissance civile et son embastillement qui s’en est suivi ont carapacé son envergure. La prison, il en parle, les leçons de la présidentielle et des législatives dans lesquelles il reconnait des erreurs stratégiques de l’opposition, évidemment le retour de Laurent Gbagbo, lequel retour selon lui, permettra soit de mettre fin à la scissiparité frontiste, soit «les dissidents feront bande à part», l’implosion du parti en fait. De tous ces sujets l’enfant de Bongouanou se montre volubile. Pour l’ex-premier ministre de Gbagbo, la réconciliation est indissociable d’un dialogue national inclusif, «des Etats généraux de la République» pour recoller tous les morceaux, condition sine qua non pour les échéances de 2025 pour lesquelles, il demeure optimiste. Cet entretien a été recueilli le 4 avril à Niamey.

 

Comment se porte Pascal Affi N’Guessan ?

Je me porte très bien, après les turbulences de fin 2020. Dieu merci, je suis en bonne santé, et j’ai repris mes activités politiques. C’est dans le cadre de la diplomatie du parti que je suis à Niamey pour manifester la solidarité du parti, le FPI avec nos camarades du PNDS. Et vivre un évènement historique, c’est-à-dire une alternance pacifique à la tête du Niger.

L’homme n’a jamais été autant libre qu’en prison disait Alexandre Soljenitsine, lorsqu’il croupissait dans l’Archipel du Goulag. Avez-vous eu ce sentiment lors de votre récent séjour en prison ?

Evidemment. La prison est effectivement un exil et ce sont des moments de privation mais aussi de réflexion, qui vous permettent de regarder de l’extérieur, la marche du pays, d’en tirer les leçons et de préparer son retour. Evidemment pendant ce moment, vous êtes hors de l’arène, donc libre, mais cette liberté forcée et douloureuse vous permet de préparer l’avenir.

Laurent Gbagbo et Blé Goudé ont été définitivement acquittés par la CPI. Il semble qu’il y ait un accord entre vous et Gbagbo. En quoi consiste ce deal politique ?

J’ai eu à rectifier à Jeune Afrique qui avait diffusé cette information erronée, il n’y a jamais eu d’accord avec Gbagbo. Il n’y a pas d’accord pour céder le parti à Gbagbo, mais des négociations, des propositions que j’ai faites depuis janvier 2020, lesquelles n’ont pas pu aboutir, parce que les dissidents à qui Gbagbo avait confié la mission de négocier cet accord n’ont pas voulu aller jusqu’au bout. Ils ont préféré opérer une alliance solitaire avec le PDCI au détriment de l’unité du parti, à telle enseigne que l’unité est au point mort. Nous espérons que le retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire va nous permettre de clarifier une fois pour toute cette question.

Il y a donc toujours 2 FPI en Côte d’Ivoire ?

Il y a un seul FPI, mais il y a des dissidents, lesquels dissidents aujourd’hui se sont regroupés dans un cadre politique qu’on appelle Ensemble pour la démocratie et la solidarité (EDS)…

EDS a quand même obtenu quelques députés aux dernières législatives…

Oui, c’est vrai. Mais cet état de fait montre que la scission s’est quelque peu élargie. Le problème maintenant est de savoir si l’avenir du FPI ressemblera à celui de l’ADEMA au Mali il y a quelques années, l’ADEMA qui avait donné naissance au RPM (NDLR : de l’ex-président IBK), c’est-à-dire que le FPI donne naissance à EDS d’un côté, ou alors il y aura retrouvailles dans un FPI réunifié pour prendre la lutte politique ensemble. Je n’ai pas seul la solution, cela dépendra de Laurent Gbagbo qui d’ailleurs on l’espère rentrera incessamment (NDLR : après son acquittement par la CPI et le  feu vert de Ouattara). Avec son retour, la question sera tranchée, et les choses seront claires. Soit un FPI réunifié, soit les dissidents font bande à part. Dans tous les cas la situation sera clarifiée, et les militants auront à choisir.

Avec le recul, ne pensez-vous pas que la stratégie de l’opposition à la présidentielle du 31 octobre 2020 a été inopérante ?

L’opposition n’avait pas le choix, étant donné les termes du débat, le contexte politique et social, qui nous ont été imposés, c’était la seule option, celle de la désobéissance civile. Ce n’était pas de gaité de cœur que nous l’avons fait, mais c’était imposé, et nous l’avons assumée.

Evidemment, il y a des acquis et des insuffisances, mais, nous n’avions pas le choix. Et quand bien même nous aurions opté pour un autre choix, il y aurait eu des avantages et des inconvénients. Je regrette qu’il ait eu des morts du fait de l’intrusion des miliciens du régime et des forces parallèles dans ce débat politique. Et j’espère que chacun en a tiré une leçon car les dommages ont été importants de part et d’autres: politiques, physiques, des morts et en termes d’image du régime. Il nous appartient tous, acteurs politiques du pouvoir comme de l’opposition de tirer les enseignements de cette crise et tout faire qu’à l’avenir tous les contentieux politiques puissent être réglés de façon pacifique, par le dialogue.

Y a-t-il eu un deal entre Affi N’Guessan et le président Ouattara pour sortir de prison ?

Non, il n’y a pas eu de deal. Ouattara sait que le pays ne peut pas rester bloqué, il sait qu’il doit faire des gestes d’apaisement pour que progressivement, la Côte d’Ivoire retrouve la paix et la normalité. Or mon emprisonnement était un problème majeur pour l’apaisement. Donc, il m’a fait libérer dans le sens de cette décrispation, comme il l’a fait pour les autres. Je n’ai pas été le seul à être libéré. Il y a eu Kakou Guikahué du PDCI et de nombreux autres jeunes. Certains sont toujours en prison et nous nous battons pour qu’ils soient libérés. Dans un pays, on ne peut pas rester dans la tension permanente. Il faut qu’il y ait des moments de détente. Lorsqu’un pouvoir libère, c’est qu’il sait que ces libérations peuvent apporter l’apaisement dans le pays et lui permettre d’alléger la tension qui pèse sur lui. Donc, c’est dans l’intérêt du pouvoir de libérer les gens. C’est une loi en politique.

Aux législatives, l’opposition a eu en gros 90 députés. Comment peut-on expliquer cette contre-performance ?

Nous n’avons pas été conséquents jusqu’au bout. Le PDCI et EDS ont préféré privilégier un accord bipartite pour les élections au détriment d’un accord global tel que cela avait été envisagé au départ, où dans chaque circonscription électorale, on présentait le candidat de l’opposition le mieux placé quel qu’il soit. A partir du moment où nous avions renoncé à ce scénario, dans plusieurs circonscriptions, des candidats de l’opposition se sont affrontés entre eux, et cette division a profité au parti au pouvoir. Nous aurions été cohérents en appliquant ce qui avait été arrêté au départ, il était évident que nous aurions eu beaucoup de députés.

La réconciliation nationale est en branle en Côte d’Ivoire. Quel est le mode d’emploi idéal pour la réussir ?

On ne peut pas faire la réconciliation nationale sans un dialogue national inclusif, c’est une règle générale dans tous les pays en crise. Nous, depuis 2013, j’ai proposé ce que j’ai appelé les Etats généraux de la République, comme modalité d’approche de la réconciliation nationale. C’est un processus de rassemblement, de dialogue inclusif pour faire le diagnostic de la vie nationale depuis l’indépendance, identifier les causes des nombreux affrontements qui ont jalonné notre parcours ces 30 dernières années, apporter l’apaisement à toutes ces victimes de ces violences politiques et les dédommagements qu’elles méritent. Et réfléchir aux solutions des dysfonctionnements de tout ordre : juridique, politique, économique et social, qui expliquent ces crises-là.

Trouver des solutions à tout ça au niveau de la Constitution pour fonder un nouveau vivre-ensemble, l’harmonie sociale. Il faut aussi des lois de la République pour lutter contre l’extrémisme, le tribalisme, le népotisme, le clanisme, tous ces maux qui minent la société ivoirienne. Economiquement, il faut aussi des solutions à certains problèmes, et institutionnellement voir la répartition du pouvoir, afin d’atténuer les frustrations régionales, certaines régions se sentent délaissées par rapport à d’autres …

La promotion de l’emploi des jeunes … c’est à cet exercice auquel nous avons convié les Ivoiriens depuis 2013-2014. Malheureusement, les autorités actuelles qui doivent s’approprier cette démarche, pour l’implémenter ont hésité, d’où la persistance de la crise. Mais je suis persuadé qu’un dialogue politique inclusif est incontournable, pour fonder la paix et la stabilité en Côte d’Ivoire.

Comment vous voyez l’après-Ouattara après la disparition de Gon Coulibaly, Hamed Bakayoko et la reconduction de Patrick Achi au poste de Premier ministre ?

Je suis d’un tempérament optimiste. Quelles que soient les difficultés, je suis toujours enclin à dire que les choses iront mieux, car cela dépend de la volonté des hommes. Il y a des expériences qui nous enseignent. Au Niger, où nous sommes, on vient d’opérer une alternance démocratique pacifique à la tête de l’Etat. Le Niger nous enseigne, le Burkina également nous donne une leçon, le Ghana aussi. Tout cela montre qu’il y a une dynamique africaine en faveur de la paix, et de la démocratie.

Je suis persuadé que la Côte d’Ivoire s’engagera dans cette voie, et sera aussi dans ce processus de démocratisation qui gagne l’Afrique. Je suis optimiste que les élections de 2025 se tiendront dans un environnement pacifique, et nous pourrions aussi célébrer ce changement qualitatif qu’on observe au Niger, au Burkina et au Ghana.

Interview réalisée à Niamey

par Zowenmanogo Dieudonné ZOUNGRANA

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