Polygamie : Une pratique qui suscite à la fois envie et dégoût

Polygamie : Une pratique qui suscite à la fois envie et dégoût

Au Burkina Faso comme dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, les foyers polygamiques ne sont pas rares puisqu’étant autorisés par le Code des personnes et de la famille et certaines religions. Les faits ont démontré que dans ces familles, le quotidien s’avère très souvent brouillant car polygamie rime avec famille nombreuse, rendant ainsi difficile la cohabitation aussi bien entre les épouses que les enfants. Malgré cela, des candidats et candidates à la polygamie, il en existe toujours et en grand nombre, ce qui nous amène à nous pencher sur ce phénomène pour en dégager les avantages et les inconvénients.

 

Longtemps pratiquée dans nos sociétés ancestrales, notamment dans les familles musulmanes, la polygamie demeure l’un des régimes matrimoniaux en vigueur au Burkina Faso et consignée comme telle dans le Code des personnes et de la famille. Elle renferme de nombreux avantages mais aussi des inconvénients. En effet, vivre dans une famille polygame n’est pas toujours facile. Les querelles, la jalousie et la concurrence  rendent difficile la cohabitation aussi bien entre les épouses que les enfants.

Le constat dans la société a révélé que polygamie rime avec difficultés de cohabitation. Pour Fatimata sawadogo, la polygamie c’est l’enfer. «Mon père avait 4 femmes et nous sommes une trentaine d’enfants. Le quotidien était très difficile car seule la préférée des femmes et ses enfants avaient tous les droits dans la cour, nous on rasait les murs», a-t-elle indiqué. Elle a dit avoir eu une enfance malheureuse à cause des mésententes entre les épouses de son père. «Un foyer polygamique ne peut jamais connaître la paix, car il y a toujours de la discrimination. Pour éviter les problèmes j’ai épousé un chrétien et je ne le regrette pas». «La polygamie c’est pour les éternels insatisfaits. Je suis d’accord que personne n’est parfait mais quand on a choisi une femme on doit lui rester fidèle», foi de Saydou Traoré. A cause de la polygamie, il y a des enfants d’un même homme qui n’ont aucune affinité pour les uns et les autres à cause des frustrations endurées.

La polygamie engendre souvent la pauvreté. Dans ce type de foyer, l’éducation et le soin des enfants, compte tenu de leur nombre, reste aléatoire. Les enfants sont laissés à eux-mêmes sans aucun suivi, le père ne pouvant pas subvenir au besoin de toute la famille, déserte des fois le foyer pour aller s’installer ailleurs laissant femmes et enfants. Comme la charge des enfants est dure à supporter par les femmes, cela suscite la haine entre les femmes et le mari. «Chez nous, chaque maman se débrouillait pour scolariser, nourrir et soigner sa progéniture. Heureusement pour moi la mienne était vendeuse de légumes au marché», a précisé Franceline Maré.

Si des femmes ne veulent pas entendre parler de foyer avec coépouses, il y en a qui en rêvent. L’une de nos interviewés samira Ouédraogo a indiqué que c’est son vœu le plus cher. «Quand tu n’es pas la seule épouse de ton mari tu n’as pas beaucoup de pression comme faire la cuisine 7J/7, être à ses soins 24h/24. Tu as du temps pour mener tranquillement tes affaires car les autres femmes prennent le relais», a indiqué Samira. Aussi, autrefois, la polygamie était prisée pour des raisons socio-économiques. En effet, les naissances n’étant pas limitées, chaque femme du ménage procréait à souhait, offrant ainsi une main d’œuvre très importante au foyer. En plus de leur devoir de production, les enfants (notamment les garçons) avaient également un rôle de protection des membres de la famille et de l’entretien du cheptel. Les filles étaient employées à des corvées de ménage en attendant de rejoindre un jour leur foyer conjugal. De nos jours, avec l’évolution des mentalités, les difficultés liées à l’autosuffisance alimentaire, à l’éducation et aux soins des enfants, même au village les hommes sont de plus en plus monogames.

Grâce à la polygamie, des femmes ont trouvé un foyer. En effet, des femmes célibataires sont prêtes à mettre fin à leur lourd et éprouvant solitude en acceptant d’être la seconde, la troisième ou la quatrième épouse. «Les hommes parfaits sont rares et malheureusement sont déjà mariés. Il faut bien qu’on s’y incruste pour ne pas courir le risque de finir vieilles filles», a laissé entendre Kady Zerbo, qui a poursuivi qu’en plus les hommes ne sont pas nombreux pour que chaque femme ait un mari pour elle seule.

Aline Ariane BAMOUNI

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0
Aujourd❜hui au Faso

GRATUIT
VOIR