Pr Georges Ouédraogo à propos des allergies respiratoires: «Les plus fréquentes sont la rhinite et l’asthme»   

Pr Georges Ouédraogo à propos des allergies respiratoires: «Les plus fréquentes sont la rhinite et l’asthme»  

Si la prévalence des allergies respiratoires longtemps croissante semble stabilisée dans les pays industrialisés, elle est par contre en augmentation dans les pays en voie de développement comme le Burkina Faso. Qu’est-ce qu’une allergie respiratoire ? Y a-t-il un temps favorable à l’émergence de cette maladie ? Comment la soulager ? Est-ce une maladie grave ?… Autant de questions auxquelles le Pr Georges Ouédraogo, pneumologue-tabacologue en poste au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU-YO) apporte des éléments de réponse.

 

C’est quoi une allergie respiratoire et comment se manifeste-t-elle ?

Une allergie respiratoire est une manifestation clinique due à l’exposition à un allergène auquel le sujet est sensibilisé.

Ce sont des allergènes en suspension dans l’atmosphère et leur mode d’introduction dans l’organisme se fait par voie aérienne ou respiratoire (pneumallergènes). Leur point d’impact est la muqueuse respiratoire dans son ensemble. Nous avons par exemple la poussière des maisons : les acariens, les moisissures, les microbes phanères d’animaux domestiques (poils de chien, de chat, de cheval…) les squames algues microscopiques, les squames diverses (humaines, animales) les débris végétaux, débris minéraux.

Elle se manifeste par :

Pour la rhinite (appelée souvent rhume) : nous avons l’obstruction nasale, l’écoulement nasale antérieur ou postérieur clair et des éternuements en salve, un prurit nasal, une sensation de pesanteur facial, une anosmie (trouble de l’odorat) ronflements, toux.

Il en est de même pour l’asthme, avec des difficultés respiratoires, des sifflements, une  toux avec des crachats perlés comme des grains de tapioca, collants. Tout évolue en trois phases : une phase prodromique (annonciatrice) qui va regrouper les signes comme ceux de la rhinite, puis la phase de crise plus souvent nocturne caractérisée par des difficultés respiratoires et des sifflements, et la phase finale  dite catarrhale avec la toux, les crachats et la diminution de la difficulté respiratoire.

Quelles sont les différentes formes connues ?

Les deux manifestations cliniques respiratoires les plus fréquentes  sont la rhinite /rhinosinusite et l’asthme.

Mais la confirmation de l’allergie passe par la mise en évidence clinique de manifestation(s) atopique (s) c’est à dire de la mise en évidence d’une relation de cause à effet entre l’exposition à l’allergène et la réaction clinique), puis de sensibilisation (tests cutanés positifs aux pneumallergènes), et enfin l’évaluation de la responsabilité de cet allergène dans la sévérité et la pérennité des symptômes.

Y-a-t-il un temps favorable à l’émergence de cette maladie ?

Oui. Ce temps favorable est fonction de chaque individu et selon la saison où les allergènes sont présents : récolte, saison froide, harmattan, saison de pluie, etc. Les patients font souvent le lien avec le moment favorable et les plus sages prennent des précautions nécessaires.

Comment soulager une allergie respiratoire ?

Il faut suivre les conseils du médecin qui a identifié votre allergie et se protéger autant que possible face à l’allergène connu

Est-ce une maladie grave ?

Oui. Car l’asthme est mortel si on n’y prend garde. Il convient de respecter  les prises de salbutamol dès les premiers signes, et de consulter le plus précocement possible dans un centre de santé s’il y a persistance ou aggravation des signes.

Les personnes allergiques sont-elles plus à risque face au Covid-19 ?

Je ne dispose pas de données sur ce point, mais je ne pense pas qu’elles soient plus à risque parce qu’elles sont allergiques. Le virus de la Covid-19 n’étant pas l’allergène qui va provoquer la manifestation de l’allergie. Les personnes allergiques ont certainement le même risque que les non allergiques.

Une étude chinoise me vint en mémoire. Elle a été effectuée à Wuhan et  elle a révélé que l’asthme, les maladies allergiques  n’apparaissent pas comme étant des facteurs de risque dans cette population de patients hospitalisés.

La période de confinement aura des effets bénéfiques pour les personnes présentant une pollinose (les personnes allergiques au pollens) en les exposant moins à l’air extérieur riche en pollens en cette période de l’année, à la poussière  et à la pollution automobile qui diminue. Il conviendra cependant de veiller à la qualité de l’air intérieur de nos domiciles en évitant l’utilisation de substances volatiles irritantes ou allergisantes. Il s’agit de la fumée de tabac, des produits d’entretien, des parfums d’intérieur, des combustions (bougies, encens avec émission de benzène…), etc. Il est conseillé d’aérer son domicile tôt le matin et à la tombée de la nuit.

Comment différencier les symptômes de l’allergie respiratoire et ceux du Covid-19 ?

Ce sont les mêmes signes pratiquement surtout la perte de l’odorat.
Mais les symptômes de l’allergie sont épisodiques saisonnières, se calment puis reviennent.

Quels conseils pour les personnes allergiques ?

La prévention de l’allergie est une étape fondamentale du traitement, même si elle n’est pas toujours réalisable. Elle se fonde sur l’éviction des allergènes (éliminer l’allergène de son milieu de vie), et sur l’éducation thérapeutique (le patient doit connaître les allergènes face auxquels il est sensible, ainsi que les moyens de les éliminer et les premiers signes d’allergies).

La désensibilisation a fait la preuve de son efficacité en ce qui concerne l’allergie respiratoire liée aux acariens et à certains pollens (graminées, bouleau, ambroisie). La rhinite en est une excellente indication. Son indication dans l’asthme peut être discutée. La prévention primaire des allergies consiste à limiter le plus possible l’apparition d’une sensibilisation aux allergènes et l’éviction des allergènes.

La prévention secondaire consiste à contrôler le plus possible l’apparition des symptômes de maladie allergique : le respect des consignes données par le médecin et la consultation dans un centre de santé pour recevoir un traitement adapté.  Il convient également d’éviter toute automédication et respecter les consignes reçues lors de l’éducation thérapeutique.

Propos recueillis par Boureima SAWADOGO

 

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