Prestation de serment de Kaïs Saïed en Tunisie : La destinée de 11 millions d’âmes sur les frêles épaules d’un novice

Prestation de serment de Kaïs Saïed en Tunisie : La destinée de 11 millions d’âmes sur les frêles épaules d’un novice

Nouveau Lever de soleil sur la Tunisie ce 23 octobre : un président élu prête serment. Confirmé par l’ISIE, l’administration électorale tunisienne, l’élection du juriste iconoclaste Kaïs Saïed à la présidentielle avec 72,71% des voix a mis en exergue une chose : les Tunisiens sont ras-le-bolisés par les mœurs des hommes politiques traditionnels dont beaucoup sont passés à la trappe à cette élection. Et le choix de ce «bleu», qui est une fabrication médiatique, mais qui a convaincu les jeunes, en est la parfaite illustration.

Vite ! Il faut que Kaïs Saïed prête serment donc. Parce que la Tunisie n’est pas en temps électoral normal. C’est une situation exceptionnelle créée par le décès d’un président avant la fin de son mandat. Et la Tunisie a réussi la prouesse démocratique d’organiser un scrutin en 90 jours, sans crise post-électorale avec des candidats qui ont accepté les résultats sortis des urnes. Une ligne d’arrivée qui a surpris l’establishment politique tunisien, puisqu’elle met à la tête de l’Etat, une personnalité politique non identifiée et fortement vierge.

Voilà pourquoi, en plus du respect des délais constitutionnels afin de ne pas créer un vide institutionnel, que Kaïs Saïed jure rapidement de conduire les 11 millions de Tunisiens au port du développement et du pouvoir du peuple par le peuple, tel qu’il en a fait la promesse.

Mais lorsque les portes de Carthage se fermeront sur le frêle dos de «Robocop», il est évident que les appréhensions seront mêlées aux espoirs suscités par ce débarquement d’un homme politique méconnu et à l’ardoise politique toujours vierge. Oint par la jeunesse à 90%, ce senior devra mettre rapidement la main dans le cambouis, car 2/3 de ces jeunes sont au chômage, alors qu’ils sont hyperdiplômés. Or ces jeunes, ont été pour beaucoup le fer de lance de cette Révolution de 2011. Comment le nouvel locataire du palais de Carthage compte-t-il implémenter la senteur Jasmine dans cette Tunisie blazée par une classe politique professionnelle qui a failli ? Lui le «bleu» pourra-t-il porter la destinée des 11 millions de compatriotes sur ses épaules de 61 ans ?

Et encore sans background, présumé novice et inexpérimenté dans la gestion de la chose politique, l’on se demande s’il sera à la hauteur de la tâche. Cela apparaît de plus en plus évident puisque Kaïs Saïed ne jouit pas de majorité à l’Hémicycle. Quel deal devra-t-il conclure (si ce n’est déjà fait) avec les grands vainqueurs des législatives pour ne pas avoir à faire à un blocage de ses réformes ambitieuses dont l’annonce a séduit plusieurs Tunisiens ? A moins qu’il ne surfe sur justement le pouvoir du peuple, la hantise que les députés auront de ne pas être cordialement lorgnés dans les rues de Tunisie, pour tenter d’éviter le spectre d’une dissolution de l’Assemblée ?

De l’autre côté de l’estrade, il faudra de la poigne à «Robocop» pour faire face, désamorcer, esquiver au besoin, les attaques des politiciens de carrière qui attendent sans doute l’occasion de laver cet affront et de, pourquoi pas, «punir» les Tunisiens pour avoir osé les écarter de la gestion de la chose publique. Les temps s’annoncent durs pour le «Général» Kaïs Saïed.

Ahmed Bambara

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