Procès de Jean Pierre Bemba : Cet appel à double-cœur à la CPI

Procès de Jean Pierre Bemba : Cet appel à double-cœur à la CPI

Le 21 juin 2016, le verdict rendu en premier jugement contre Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC), à la Cour pénale internationale (CPI) n’a pas plu aux deux parties. Les 18 ans d’emprisonnement et la peine supplémentaire d’un an n’ont pas été du goût, tant des avocats de l’accusé que du côté des victimes. Trop, pour les premiers, pas assez pour les secondes.

Conséquence, ce 9 janvier 2018, les différents protagonistes sont de nouveau devant la CPI, mais cette fois, sous les barreaux de Chambre d’appel. Les premiers veulent récuser le jugement, estimant que des vices de formes ont entaché les roues du procès, les secondes pour demander d’augmenter la peine à 25 ans. Alors donc que son pays va à vau-l’eau de par la faute de son adversaire, voire son ennemi politique, Joseph Kabila, qui a froissé et jeté l’Accord de la Saint-Sylvestre, Jean-Pierre Bemba, essaie desserer l’étau judiciaire, qui l’empêche de revenir conquérir le fauteuil présidentiel. Esté la veille du prononcé de la peine de 18 ans, ce jugement en appel demandé par la défense du patron du MLC, pour «vices de formes» se heurte à l’accusation qui exige plutôt une hausse de la peine pouvant aller jusqu’à …  84 ans !

On ne peut pas évoquer ce second round du jugement de JPB comme l’appellent ses partisans, sans faire le lien d’avec la RD Congo. Car s’il a été condamné à cette peine, c’est pour trois chefs d’accusation «1 de crimes de guerre» et de « crimes contre l’humanité» commis certes en République centrafricaine, mais c’était sous le chapeau de chef militaire, rebelle dont le PC était à Gbadolité, juste à l’extrême nord du Congo non loin justement de l’ex-Oubangui-Chari. Un chef rebelle qui, à maintes reprises a voulu marcher sur Kinshasa !

Une accusation lourde. Une responsabilité gargantuesque qui a été jetée sur ses épaules. Les crimes commis sont si importants aux yeux de ses accusateurs et des victimes que l’idée qu’il pourrait voir le jour seulement 8 ans après sa condamnation (il a déjà passé 10 ans en prison), leur semble insupportable. Y a-t-il des chances que JP Bemba, soit le joker de la communauté internationale dans la perspective d’une alternance politique ? La juge Christine Van Der Wyngaert suivra-t-elle le parquet pour augmenter les années de prison du chairman ? Ou les 265 pages de justif. de la défense, qui accusent la CPI de confondre «contrôle» et «commandement» feront-ils leur effet et dans ce cas, quel sort nouveau sera réservé à JPB ? En clair, qu’attendre de ce procès en appel ?

Autrement dit, les arguments de la défense trouveront-ils  grâce auprès des juges de la Chambre d’appel ? Ou alors les vices de forme soulevés par ses avocats vont plutôt pencher pour une décision surprenante de la part de l’instance d’appel ? Voici des questions qui pourraient trouver des réponses d’ici le 16 janvier 2018, date espérée pour le prononcé du verdict. Sans doute, les actes de pillages, de tueries, de viols de l’Armée de libération du Congo (ALC) en RCA, transformée en spadassins à la rescousse d’Ange Félix-Patassé cerné à l’époque dans son palais de la Renaissance par la rébellion de François Bozizé valent bien ce séjour dans les 9m2 de Scheveningen, mais qui sait si la situation en RD Congo ne vaut pas une révision de fond en comble du procès du colosse de 1m 90 de la province de l’Equateur ? Dans quel sens ? Rendez-vous le 16 janvier prochain pour le verdict.

En attendant  et sous réserve du verdict, il est possible de dire que les éventuelles ambitions présidentielles de Bemba sont bonnes à ranger aux oubliettes pour le moment. Car, il est difficile de voir un interstice dans ce mur de magma accusatoire qui dégouline sur le front de l’ancien commandant de guerre indélicat. A moins que…

Ahmed BAMBARA

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