Procès d’Omar El Béchir au Soudan : 191 chevaliers pour amortir la chute du parachutiste putschiste

Procès d’Omar El Béchir au Soudan : 191 chevaliers pour amortir la chute du parachutiste putschiste

L’ancien parachutiste, devenu chef d’Etat en 1989 par la force de la baïonnette, doit répondre aujourd’hui devant la justice. Une trentaine d’années n’ont pas réussi à ensevelir les forces de la volonté judiciaire qui veut lui rendre gorge depuis le 21 juillet 2020.

Mais Omar El Béchir est décidé  à ne pas se rendre aussi facilement. En bon militaire, il veut se battre jusqu’à la dernière minution. Et parlant de minutions, il en a à profusion ! Près de 200 avocats (191 exactement) se bousculent derrière son turban pour défendre ses intérêts, mais aussi sa tête.

Les faits qui lui sont reprochés, violation de la Constitution, peuvent le propulser dans le couloir de la mort s’ils sont avérés et attestés à l’issue du jugement qui sera rendu par le tribunal spécial formé avec trois juges. Le natif de Hoshe Bonnaga est par conséquent conscient qu’il doit s’entourer d’une forteresse de défenseurs pour essayer de se sortir de ce rouleau compresseur. Et il n’a pas lésiné. Près de cent avocats multipliés par deux ont été mobilisés, au point où l’audience du jour a été reportée au 11 août pour pouvoir contenir l’armada et l’arsenal déployés par le militaire putschiste.

A l’évidence, les choses ne seront pas faciles. Les juges ont beau arguer que le principe du contradictoire, les droits de la défense seront entièrement respectés, Omar El Béchir se présente devant ce tribunal sous les traits d’un «déjà condamné» qui cherche les  moyens et les astuces d’alléger sa peine.

Le coup d’Etat de 1989 qui a renversé un Premier ministre démocratiquement élu, Sadek al-Mahdi, a été perpétré à ciel ouvert et avec le peuple soudanais comme témoin oculaire et principal. A l’époque, Béchir et ses compagnons, ont affirmé à leurs compatriotes qu’ils venaient assainir le sérail politique soudanais de partis politiques envers qui ils n’avaient pas eu de propos amènes. Difficile dans ces conditions de plaider non coupable.

Il reste la prescription des faits. Cet argument tiendra-t-il la route ? Pas certain. Avec la chute du président soudanais, des langues ont dû se délier. De possibles atrocités, tues par la menace ou les opportunités du moment, ont peut-être décidé de se dévoiler. Ce genre d’atrocités qu’aucune prescription ne peut empêcher d’être jugée par la mémoire de l’Histoire et du peuple. La suite du procès pourra certainement éclairer sur cet aspect.

En attendant, c’est qu’une étape du parcours de combattant qui l’attend. Le premier pour corruption au bout duquel il a écopé de deux ans de détention n’était apparemment qu’une mise en jambes. Celui de la répression des manifestations est aussi assis sur le tortueux chemin du déclin. Et c’est sûr, les tenants actuels des rennes du pouvoir n’hésiteront pas à lui mettre tout sur le dos, quand bien même on sait que des donneurs d’ordre de l’époque sont  actuellement aux commandes de la transition.

Mais ce n’est pas tout. La Cour pénale internationale aiguise sinistrement ses …manches pour comprendre son rôle dans la guerre de Darfour où 300 milliers d’âmes ont été arrachées à la vie. Le Soudan le traduira-t-il ? Pas sûr, avec les risques de dommages collatéraux que pourraient causer les témoignages du président  déchu dans les rangs des actuels «commandants» du nouveau Soudan. Sera-t-il jugé au pays pour ces faits ? Possible. Mais il faudrait pour cela le nerf de la guerre. En plusieurs mots, c’est sans aucun doute l’affaire la plus difficile du «package» post-pouvoir attaché sur le dos d’Omar El Béchir, avant de le pousser dans le vide de la chute du pouvoir .

 Ahmed BAMBARA

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