Procès Floribert Chebeya : Les déroutants aveux du policier Mugabo

Procès Floribert Chebeya : Les déroutants aveux du policier Mugabo

Après 10 ans de tractations pour la réouverture du procès de l’assassinat du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya et de son chauffeur Fidèle Bazana, on s’attendait certes à du nouveau, mais pas aussi rapidement. Certes, l’audience a été suspendue depuis le 22 septembre, date de sa réouverture devant la Haute Cour militaire. Mais ce 13 octobre 2021 ne présageait pas que le policier Jacques Mugabo allait passer à table aussi rapidement et avec autant de détails !

Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que le policier fasse des révélations qui condamnent pratiquement tous ceux qui étaient indexés dans ce dossier ? En effet, il affirme avoir participé à la mise à mort des deux hommes en 2010 dans les locaux de l’inspection générale de la police nationale congolaise. Le corps sans vie du défenseur des droits de l’homme a été abandonné en bordure de route, là où le monde entier l’a découvert avec horreur.

Mais quant au chauffeur, il a été enterré dans la ferme du Général Djadjidja. De fait, celui-ci aura donc quelques difficultés à clamer son innocence comme il l’avait fait en 2011. Il devra expliquer pourquoi le policier affirme que sa ferme a servi de cimetière au chauffeur de Chebeya.

Christian Ngoy Kenga Kenga, qui joue jusque-là à narguer la cour et à refuser de parler, s’emmurant dans son silence et dans sa cellule, aura désormais moins d’arguments…silencieux, face à cette décharge en règle de celui qui affirme avoir agi sous ses ordres, au moment où il était aux commandes du bataillon Simba.

Celui qui aura le plus fort à faire est le Général John Numbi. Il était jusqu’à présent vu, de façon par très formelle, comme le commanditaire de ce double assassinat. Ces aveux déversés à la barre ce mercredi viennent nettoyer la vue sur sa culpabilité. Il est évident que l’ombre d’une condamnation par contumace plane sur son chef puisqu’il est en cavale et n’est pas présent au procès.

En attendant, la veuve et tous les défenseurs de droits de l’homme avaient bien raison de réclamer la réouverture de ce dossier pour essayer d’en connaître les vrais contours et les véritables commanditaires. Il reste à savoir s’il y aura d’autres aveux. Les autres parties prenantes dans cette affaire vont-elles accepter de faire confondre ou vont-ils arguer des éléments pour tenter de discréditer le policier Mugabo ? Ce n’est pas à exclure. Mais la vérité ne devrait certainement pas se laisser faire.

On retient toutefois une chose assez stupéfiante et horrible. C’est que pour ceux qui ont assisté à la mise à mort de ces deux hommes, la vie de Floribert Chebeya et de son chauffeur Fidèle Bazana ne valait pas plus de 50 dollars…

Ahmed BAMBARA

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