Procès putsch manqué : La défense du général crie à l’acharnement

Procès putsch manqué : La défense du général crie à l’acharnement

Le rejet des écoutes téléphoniques a occupé l’essentiel des débats lors du 5e jour d’interrogatoire du général de brigade, Djibrill Yipéné Bassolé. En effet, hier mercredi 9 janvier 2019, les conseils de l’accusé qui avaient la parole, ont tenté de prouver son innocence dans cette affaire en démontant l’illégalité des écoutes téléphoniques.

Cela fait cinq jour que le général de brigade, Djibrill Yipéné Bassolé est à la barre. Comme les jours précédents, les écoutes téléphoniques sur lesquelles se base le ministère public pour le poursuivre ont occupé l’essentiel des débats. Essentiellement, ce  sont les conseils de l’accusé qui ont animé cette journée d’audience. Convaincu de l’innocence de son client, Me Dieudonné Bonkoungou a, dans un premier temps, tenté de prouver que les écoutes téléphoniques qui l’accablent sont manipulées et fabriquées. Estimant qu’elles sont été versées dans le dossier pour nuire au général, il demande au parquet militaire de faire abstraction des éléments sonores en question et dire quels sont les actes matériels qui l’incriminent. Répondant qu’il n’y a aucun acte, l’homme de droit indique qu’il est gênant que le parquet ne puisse pas dire au tribunal d’où proviennent les écoutes téléphoniques. Pointant du doigt la responsabilité du juge d’instruction dans le présent dossier, il pense qu’il n’a pas joué franc jeu, qu’il n’a pas été conséquent dans ses principes. Pour se faire comprendre, Me Dieudonné Bonkoungou revient sur la défense du général Gilbert Diendéré qui lors de son interrogatoire, avait accusé le juge d’instruction de n’avoir pas cherché à mieux comprendre la fameuse liste comportant les noms des membres du comité de résistance. Ce rappel ainsi fait, il revient sur le cas de son client et soutient que malgré le fait que le juge d’instruction ne connaît pas l’origine des écoutes mises à sa disposition, il les prend parce que ça vaut la tête du général, a-t-il soutenu. Estimant qu’on en veut à Djibrill Bassolé, il déclare : «si c’est ce Monsieur, il faut faire en sorte que tout ce qui est blanc soit déteint». Il renchérit : «tout ce qui le concerne prend une autre tournure». Pour justifier ses propos, l’avocat rappelle que son client  malade à la MACA où il était détenu et malgré les conclusions du médecin qui attestent qu’il est effectivement souffrant, le gouvernement s’est opposé à son évacuation et a demandé l’avis d’un autre médecin qui a aussi confirmé. Continuant avec les exemples, il souligne qu’après que la liberté provisoire lui a été accordée, des gens se sont opposés à ce qu’il rentre chez lui et ont tout fait pour qu’il se retrouve en résidence surveillée. Tout en ajoutant que la présence du général n’a rien à voir avec ce pourquoi il est poursuivi, il s’adresse au président du tribunal en ces termes : «s’il faut que ce soit les puissants du moment qui désignent les coupables pour vous, vous ne seriez jamais maître de votre jugement».

Quand les évènements de Yirgou s’invitent aux débats !

Partageant les propos de son confrère, Me Mireille Barry va intervenir dans le même sens que lui. Revenant sur les perquisitions qui ont eu lieu aux domiciles du prévenu à Ouagadougou, à Koudougou et à Nouna, elle confie qu’elles n’ont rien révélé et que ce ne sont  que les armes des gardes qui ont été trouvées. Pour ce qui est des clans au sein du RSP, l’avocate estime que c’est au parquet qui croit aux dires du coaccusé du général, le sergent-chef Roger Koussoubé dit ‘’le Touareg’’, de prouver que son client avait un clan au RSP. Faisant un lien avec les évènements de Yirgou, Me Mireille Barry déclare que si elle se réfère aux éléments cités comme faisant partie du clan du général qui, selon elle, sont tous des Gourounsi : le major Eloi Badiel, l’adjudant- chef Moussa Nébié, l’adjudant Jean Florent Nion, cela lui fait penser aux évènements de Yirgou où une ethnie a été ciblée. Déplorant ce fait, elle déclare : «parce qu’ils sont tous Gourounsi, ils sont avec Bassolé. Il faut qu’on quitte dans ça sinon, ce n’est pas bon pour notre armée».

Pour l’accusation, «il ne faut pas discréditer le travail de la justice»

A la suite de l’intervention des conseils du général Djibrill Bassolé, la parole a été retournée au procureur militaire qui a donné une réplique à ces derniers et également procédé à quelques observations. S’adressant plus précisément à Me Dieudonné Bonkoungou, il affirme qu’il faut rétablir la vérité des faits sans faire des diversions. «Nulle part, il n’est dit dans le dossier que Djibrill Bassolé est poursuivi à cause de ses ambitions politiques (parce qu’il voulait être président du Faso)», a soutenu le parquet. Selon lui, l’intervention de l’avocat du mis en cause est un sévère réquisitoire contre le travail du juge d’instruction. Et de renchérir : «il ne faut discréditer le travail de la justice jusqu’à ce point». Sur ce, l’audience a été suspendue. Elle reprend demain vendredi à 9 heures au tribunal militaire de Ouaga 2000, toujours avec le général de gendarmerie à la barre.

Boureima SAWADOGO et Edoé MENSAH-DOMKPIN

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