Procès putsch manqué : Le général Gilbert Diendéré  à la barre ce matin

Procès putsch manqué : Le général Gilbert Diendéré  à la barre ce matin

Interrompu suite à un conflit d’intérêt pour le premier et  à cause d’une différence de procès- verbal en ce qui concerne le second, l’interrogatoire de Ousséini Faïssal Nanéma et du sergent Lamoussa Badoum a repris le vendredi 23 novembre 2018. Si le ministre de la jeunesse du CDP a  achevé son interrogatoire en maintenant ses déclarations faites ultérieurement, il n’a  été le cas du sergent Badoum. Son conseil, Me Stéphane Ouédraogo a refusé de plaider sous prétexte que sa requête n’a pas été satisfaite par le parquet militaire.

Après l’épisode du 8 octobre dernier, qui a valu l’interruption de son interrogatoire et le déport de son avocat à savoir Me Arnaud Sampébré, Ousséini Faïssal Nanéma était de retour à la barre. En rappelle,  le 8 octobre dernier, le militant du CDP qui avait plaidé non coupable de dégradation volontaire aggravée de biens et de recel d’objets, s’était emporté à la lecture d’une déclaration du caporal Dah Sami par le parquet, qui indiquait l’avoir formellement identifié à l’hôtel Laico le 19 septembre 2015, en train de porter des coups à une personne. Ce jour-là, visiblement remonté, il a  imputé au caporal Dah avec qui il partageait le même avocat des actes gravissimes. Et constatant ainsi un conflit d’intérêt qui opposait ses deux clients, Me Arnaud Sampébré avait laissé entendre au président du tribunal qu’il était dans l’incapacité de poursuivre sa mission.

«La lumière et les ténèbres ne se rencontrent pas»

Pour son come back,   Faïssal Nanéma qui avait cette fois-ci à ses côtés Me Zaliatou Aouba a maintenu ses déclarations des 5 et 8 octobre 2018. Cela fait, répondant au procureur,  toujours en rapport avec les propos du soldat, le mis en cause déclare «Je ne connaissais pas Dah Sami et lui aussi ne me connaissait pas. On ne s’était jamais croisé. La lumière et les ténèbres ne se rencontrent pas».  Accusé d’avoir participé au saccage et à l’incendie des domiciles de feu Salifou Diallo et de Safiatou Lopez, le militant de l’ex-parti au pouvoir ne se reconnait point dans ces actes. En guise de défense, il souligne qu’il s’est rendu au domicile de l’ancien président de l’Assemblée nationale le 17 septembre 2015 en compagnie d’éléments de l’ex-RSP, pour empêcher deux camps antagonistes de s’affronter mais n’y était pas le lendemain 18, jour où la maison a été brûlée. A en croire Faïssal Nanéma, il a demandé aux militaires d’intervenir, car il s’agissait du domicile de celui qu’il appelle affectueusement parrain. Il ne peut donc se permettre d’incendier sa maison. «Si c’était le domicile d’autres personnes tels Michel Kafando, Yacouba Isaac Zida, Hervé Kam, je n’aurai rien fait, car ça ne me fera ni chaud ni froid», a-t- il avoué. Concernant la présidente d’honneur du Cadre  de concertation national des organisations de la société sociale (CCNOSC) Safiatou Lopez, celle-ci l’accuse d’avoir été l’un des  meneurs des assaillants venus vandaliser sa maison. «Je ne connais pas chez  Safiatou Lopez et je ne savais pas qu’elle avait une maison», a rétorqué Faïssal. Tout compte fait, il reconnaît en elle,une battante pour la liberté d’expression et de la démocratie. C’est pourquoi, il déplore le fait qu’actuellement elle est en train d’apprendre à ses dépens. «Elle va savoir qu’en politique lorsqu’on a besoin de toi on t’utilise et après avoir fini de te sucer, on te jette comme une orange», a renchéri M. Nanéma.

«Je suis venu en politique pour construire et non pour détruire»

Toujours dans sa logique de se disculper, l’accusé fait observer au tribunal qu’il est venu en politique pour construire et non pour détruire. Par ailleurs, relativement au fait de recel, il est reproché à M. Nanéma d’avoir acheté des objets volés chez Salifou Diallo. Il s’agit d’une manette, d’une statuette et d’un fer à repasser que l’accusé selon ses dires a payé au Monument des martyrs. Par conséquent, sa culpabilité  ne souffre d’aucun doute, foi de l’accusateur. Pour donc étayer son propos, le parquetier fait observer que : «Si on acquiert des objets mobiles à des endroits non indiqués à un prix qui ne reflète pas la valeur de ces objets, l’on ne peut pas brandir sa bonne foi».

«On essaye de faire dire aux pièces ce qu’elles n’ont pas dit»

A écouter son avocate, nouvellement constituée à ses côtés, la partie accusatrice n’a produit aucune preuve qui permet d’établir la culpabilité de son client sur les deux infractions à lui reprochées. Selon Me Zaliatou Aouba, le ministère public essaye de faire dire aux pièces ce qu’elles n’ont pas dit. En effet, sur l’épisode des incendies, tout en assurant que le militant du CDP n’était pas  au domicile de M. Diallo le jour où il a subi la furie des vandales, l’auxiliaire de justice poursuit qu’en ce qui concerne Dame Lopez, elle n’est pas formelle dans ses déclarations tendant à confirmer la présence de son client parmi ceux qui ont visité sa résidence. Quant au recel d’objets, elle confie que les dispositions du Code pénal burkinabè ne punie que lorsque l’origine frauduleuse est connue avant l’acquisition. Ce qui n’est pas le cas dans cette affaire. «En achetant ces objets, mon client n’était pas au courant de l’origine frauduleuse. C’est après avoir payé qu’il a appris qu’il y a eu vol au domicile de Feu Diallo et il a fait la liaison avec ce qu’il payé au Monument des martyrs», conclut Me Aouba.

L’interrogatoire du sergent Badoum suspendu une fois de plus

A la suite de Ousséini Faïssal Nanéma, c’est l’ex- RSP, le sergent Lamoussa Badoum, accusé de quatre faits, qui s’est avancé devant le tribunal pour lui aussi reprendre son audition, suspendue le 28 août dernier, à cause d’une différence de Procès – verbal (PV). Constatant que le contenu du PV dont il disposait était différent de celui du parquet et du tribunal, le conseil du sergent avait sollicité l’arrêt de l’interrogatoire  pour en savoir d’avantage sur ce fait étrange. Appelé de nouveau à la barre dans l’après-midi de ce vendredi, (nous  estimons en ce moment que l’impair si on peut l’appeler ainsi a été corrigé) il retournera dans le box des accusés sans pouvoir dire mot au grand dam de l’assistance. Des dires de Me Stéphane Ouédraogo, sa requête adressée au tribunal militaire de lui communiquer ladite pièce n’a pas été satisfaite. «Je n’ai pas accusé réception car le parquet m’a communiqué la pièce que je possède déjà et non celle que je veux», se justifie-t-il. Et à la question du président du tribunal de savoir s’il entendait soulever une exception, l’auxiliaire de justice a répondu par la négative tout en indiquant qu’il souhaitait seulement entrer en possession de ladite pièce. Toutefois, visiblement hors de lui, Me Ouédraogo n’accèdera pas à l’injonction du président, qui voulait débuter l’audition. «Monsieur le président, comprenez-moi, mais dans ces conditions, je ne peux pas poursuivre. Je vais en référer à mon bâtonnier pour savoir la conduire à tenir», a-t-il soutenu. Sur ce, l’audience a été suspendue  et reprend ce lundi 26 novembre 2018 à 9 heures, dans la salle des banquets de Ouaga 2000, tenant lieu de tribunal militaire, avec à la barre, le général de brigade Gilbert Diendéré, président du Conseil national pour la démocratie (CND).

Boureima SAWADOGO et Edoé MENSAH-DOMKPIN

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