Procès putsch manqué : Michel Ouédraogo risque d’être poursuivi pour faux témoignages

Procès putsch manqué : Michel Ouédraogo risque d’être poursuivi pour faux témoignages

L’interrogatoire des témoins hier lundi 4 février 2019, au procès du putsch manqué du 16 septembre 2015, a été marqué par deux faits majeurs. Il s’agit pour ce qui est du premier, des propos de l’accusé Adama Ouédraogo dit Damiss qui n’étaient pas du goût des parties civiles et aussi du parquet. Le second c’est la demande de l’application de l’article 120 du code militaire formulée par le parquet à l’encontre du témoin Michel Ouédraogo, accusé par le ministère public de faux témoignages. Il faut rappeler que ce sont quatre témoins à savoir : Kibsa Charles Niodogo, Michel Ouédraogo, le médecin colonel-major Saïdou Yonaba et Mohamed Rachid Ilboudo dit le Barron qui ont été appelés à la barre.

L’interrogatoire du médecin colonel Saïdou Yonaba débuté le vendredi dernier s’est poursuivi hier lundi 4 février 2019. Dans sa déposition, il est catégorique, il a aperçu au camp Naaba Koom II dans la nuit du 16 septembre 2015, les accusés Adama Ouédraogo dit Damiss, le bâtonnier Mamadou Traoré, le colonel Abdoul Karim Traoré au Poste de commandement (PC) du camp Naaba Koom II, dans la salle d’attente. Les trois accusés questionnés par l’avocat des parties civiles Me Guy Hervé Kam vont reconnaître cela, mais réfutent l’accusation selon laquelle ils étaient dans une salle. Pour ce qui est de la partie intéressante du débat, c’est quand le prévenu Adama Ouédraogo a décidé de ne plus répondre aux questions de Me Guy Hervé Kam à travers cette déclaration : «je ne vais plus répondre aux questions de Me Kam. Je me connais. On risque de se rentrer dedans».

La réponse des parties civiles et du parquet

Il faut dire que les propos de Damiss n’ont pas été du goût de l’avocat des parties civiles, Me séraphin Somé qui n’a pas tardé à réagir. Citant clairement le journaliste, il confie que les avocats des parties civiles se sentent agressés. «Il est poursuivi pour des faits graves, malgré cela il nous agresse, il agresse le parquet et même le tribunal», a-t-il soutenu. Pour lui, l’accusé par cette stratégie veut se faire passer pour un ange. Confiant qu’il n’en est pas un, il soutient que le peuple n’est pas dupe. Convaincu de la culpabilité de son vis-à-vis, l’homme de droit, indique que Damiss n’était pas au camp pour des raisons professionnelles mais pour exécuter un coup d’Etat. Pour justifier ses propos, il rappelle qu’il n’est pas le seul journaliste au Burkina.

Il faut rappeler qu’avant de répondre aux propos de Adama Ouédraogo, Me Séraphin Somé s’est adressé colonel-major Saïdou Yonaba qui, avant de commencer par répondre aux questions, s’est excusé des propos qu’il a tenus le vendredi passé.  A cet effet, l’avocat tout en lui rappelant qu’il n’est pas un accusé mais un témoin, lui a demandé de prendre l’exercice auquel il est soumis comme un jeu. Il dit avoir l’impression qu’il n’a pas enlevé sa casquette d’un d’accusé qu’il a porté de par le passé avant d’être blanchi à la Chambre de contrôle. Revenant sur les témoignages du médecin, il conclut que ses déclarations tendent à confirmer qu’il a vu à certaines heures, certains accusés au camp Naaba Koom II. Il faut rappeler que parmi les civils que le témoin dit avoir vu au camp la nuit du 16, il y a Abdoul Karim Traoré de Perfectum Afrique qui lui est en fuite.

Abondant dans le même sens que le conseil des parties civiles, le procureur militaire a salué l’honnêteté intellectuelle selon ses dires du témoin qui s’est excusé. «On n’a pas besoin de s’affronter ici», a-t-il indiqué. Confiant que ce n’est pas un problème personnel, il indique qu’il y en a qui savent ce pourquoi ils sont là, mais regrette qu’ils s’attaquent  aux autres qui n’ont rien à se reprocher. Ne supportant plus les attaques de certains accusés et même de certains témoins, il déclare que désormais, le parquet qui à l’en croire est courtois, ne va plus hésiter à répondre aux injures et aux langues vipères selon ses mots. Quand il parle de répondre, il menace de requérir pour outrage à magistrat. Mettant en garde quiconque va vouloir défier le parquet militaire, il déclare : «il faut qu’on soit courtois et qu’à la barre que chacun dompte son lion».

Le témoin Michel Ouédraogo sous la menace de l’article 120

Michel Ouédraogo, député du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) est journaliste de profession. Appelé à la barre, pour témoigner contre le prévenu Salifou Sawadogo, il risque de passer du statut de témoin à celui d’un accusé. En effet, avant qu’il ne soit soumis à l’exercice, le président lui a rappelé après qu’il       a prêté serment de dire la vérité qu’en cas de faux témoignages, il peut être poursuivi pour faux témoignages comme le prévoit l’article 120 du code militaire. Le parquet va user de ce droit que lui confère la loi pour requérir l’application de cet article contre le prévenu qu’il accuse en effet de faux témoignages. Il faut rappeler que devant le juge d’instruction, Michel Ouédraogo a fait deux déclarations qui ne concordent pas vraiment. A la barre, il fera une troisième déclaration qui ne sera pas du goût du ministère public. En effet, répondant aux questions qui lui sont posées, il a émis des doutes sur une réunion à laquelle auraient pris part les responsables du parti, de même que la participation à cette rencontre du président Eddie Komboïgo. Considérant que le député fait de faux témoignages, le procureur a demandé la levée de son immunité parlementaire afin qu’il soit poursuivi en vertu de l’article 120 du code militaire.

Cette demande du ministère public fera l’objet de débat. En effet, ne partageant pas le point de vue du parquet militaire, les avocats de la défense s’y sont opposés. Ils estiment que si Michel Ouédraogo doit tomber sous le coup de l’article en question, il va falloir reprendre toute la phase concernant l’interrogatoire des témoins. La raison avancée est que beaucoup qui sont passés, ont fait de faux témoignages. Après les arguments avancés par les différentes parties, le tribunal a renvoyé la délibération à la fin de l’interrogatoire des témoins. Michel Ouédraogo ne connaîtra son le sort qu’à cette date.

Edoé MENSAH-DOMKPIN

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