Procès putsch manqué : Retour sur des conversations téléphoniques entre Diendéré et Bassolé

Procès putsch manqué : Retour sur des conversations téléphoniques entre Diendéré et Bassolé

Le vendredi 22 mars 2019 au tribunal militaire, s’est poursuivie la diffusion des pièces audios à conviction dans l’affaire du putsch manqué du 16 septembre 2015. Plusieurs appels du général Djibrill Bassolé ont été diffusés à l’audience. Un des éléments fait ressortir une conversation entre lui et le général Gilbert Diendéré dans laquelle, il l’encourageait à tenir bon.

A la reprise du procès, l’avocat du journaliste Adama Ouédraogo dit Damiss, Me Stéphane Ouédraogo a pris la parole pour faire des observations qui tendent à contester les audios diffusés à l’audience du mercredi qui impliquaient son client. Il explique que la voix entendue dans l’élément sonore n’est pas celle de son client mais que seuls le parquet et Me Kam confirment que c’était la voix de son client parce qu’il y ressort le nom d’un certain Adam’s dans les conversations. Selon lui, le juge d’instruction n’a jamais dit que c’était la voix de Damiss. Me Ouédraogo conclut que seul un technicien peut confirmer après expertise que c’est bien la voix de son client. En réaction, le parquet a laissé entendre qu’il n’a jamais été dit que c’était la voix de Damiss.

«Le général Bassolé acteur clé dans le putsch», Me Kam

Par la suite, le parquet militaire a poursuivi avec les éléments sonores. L’on retient une communication entre les généraux Djibrill Bassolé et Gilbert Diendéré. Ce dernier demandait à Gilbert Diendéré de négocier un bon accord et de tenir bon. «Les jeunes doivent prendre leur destin en main et s’imposer parce que ni la CEDEAO ni Zagré ne va leur faire de cadeau. Tient bon tu n’as plus rien à perdre. Si cela ne se passe pas bien ce sera la désolation, la perte des carrières», a dit Bassolé. Par la suite le général Diendéré informait Djibrill Bassolé qu’il était sous pression et que cela jouait sur le moral des jeunes soldats. Après écoute, Me Hervé Kam pense que ces éléments montrent que le général Bassolé est plus qu’un simple complice dans cette affaire. Il est plutôt un acteur-clé, lance-t-il. «Il était dans la stratégie du tout chaos et de la terre brûlée», a dit Me Hervé Kam.

Dans un autre élément sonore, il tenait des propos durs envers le gouvernement. «C’est un gouvernement de minables. Je vais les sonner et ils vont comprendre, je vais les ridiculiser», déclarait Djibrill Bassolé. De l’avis du parquet, il y a une différence entre ce que racontait le général en public dans ses interviews dans les médias et ce qu’il racontait en privé au téléphone. «On sentait une amertume, et cela s’est matérialisé parcequ’il a été entendu», a renchéri le parquet.

Dans une autre écoute sonore, Fatoumata Diawara, l’ex-compagne du fils de Diéndéré, jouait le rôle d’interface entre le général Diendéré et les éléments du RSP. «Les éléments ont besoin d’argent», a-t-elle dit. Aussi, dans une autre conversation, elle demande à son ex-beau-père (Diendéré) de demander aux officiers du RSP en l’occurrence le capitaine Abdoulaye Dao, d’arrêter de démotiver les jeunes soldats prêts à se battre. En observation, le général Diendéré a indiqué que c’était la première fois qu’il faisait cet exercice et n’avais rien à dire. Quant à Fatoumata Diawara, elle estime que ces éléments ont été fabriqués de toutes pièces. Pour elle, ceux qui ont fabriqué ces éléments sonores ont fait en sorte qu’ils collent à la réalité. «Avec les nouvelles technologies, même un studio de musique peut modifier une voix», a-t-elle dit. Et son avocat Me Latif Dabo de demander au parquet de démontrer en quoi ces éléments incriminent sa cliente.

En réponse, le parquet militaire estime qu’il est difficile de parler de fabrication de ces éléments parce que curieusement, certains faits collent à la réalité. En effet, il est ressorti dans une des conversations que des officiers du RSP se sont opposés. Appelé à la barre pour corroborer ce qui a été dit et qui pourrait le décharger, le capitaine Dao n’a pas souhaité réagir. Cependant, il affirme qu’ils ont fait de leur mieux pour ne pas que les choses dérapent. Confrontés au même exercice, le commandant Aziz Korogo, le capitaine Zoumbri, les lieutenants Dianda et Relwindé Compaoré ont confirmé également qu’ils ont fait de leur mieux sans pour autant confirmer ce qui a été dit dans l’élément audio. Et Me Kam de conclure : «si quelqu’un est en mesure d’inventer ces éléments qui collent avec la réalité, c’est que cette personne peut rivaliser avec Dieu».

Poursuivant avec les écoutes, le parquet a fait remarquer que le général Bassolé avait déclaré à la barre lors de son passage qu’il n’avait pas eu de contact avec le Régiment de la sécurité présidentielle (RSP) au moment des faits et que c’était à la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA) qu’il a connu certains éléments. Pourtant, en écoutant les bandes sonores, Djibrill Bassolé dit qu’il a pris contact avec un noyau dur. Pour la défense, ces éléments sonores ont été fabriqués car ils n’a pas été dit d’où ils proviennent. Me Olivier Yelkouni de préciser que le numéro qui a servi pour communiquer avec le général Bassolé n’a jamais été attribué au général Diendéré.

Le parquet a présenté d’autres éléments sonores. Ces conversations impliquent le général Bassolé, Bénédicte Jean Bila, son agent de renseignement. Il est ressorti de cette conversation que la meilleure manière de se défendre, c’est d’attaquer.  Avec Yolande Belemviré, le général Bassolé a rendu compte de ses échanges avec Guillaume Soro. Il ressort de la conversation de Fatoumata Thérèse Diawara, avec Djibrill Bassolé, que cette dernière relayait l’information. Elle a dit au général Bassolé d’appeler la Côte d’Ivoire car Soro avait besoin des numéros «des gens du MPP, Roch/ Salif».

Le général Bassolé n’étant pas là, Fatoumata Diawara a été rappelée à la barre pour réagir. Cette dernière, maintient que ces écoutes ont été fabriquées. A l’en croire, cette situation met sa vie en danger. «Quand je passe dans la rue, des gens m’insultent. Si demain je me fais agresser j’espère que le parquet va me protéger», a-t-elle expliqué. Et d’ajouter «qu’on arrête de polluer l’esprit des gens avec ces audios». Pour Me Dabo son avocat, nulle part, il n’est fait mention de dame Diawara dans les éléments sonores. Et ces messages n’ont pas été rattachés à sa cliente. La suite de la diffusion des éléments sonores est prévue pour ce lundi 25 mars 2019 au tribunal militaire de Ouagadougou.

Pélagie OUEDRAOGO

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