Quart de finale Coupe du monde 2026 :  L’Afrique entre progrès historique et rendez-vous manqués

Quart de finale Coupe du monde 2026 :  L’Afrique entre progrès historique et rendez-vous manqués

La Coupe du monde 2026, organisée au Canada, aux États-Unis et au Mexique, devait être celle d’un nouveau souffle pour le football africain. Pour la première fois, le continent est arrivé avec une représentation élargie de  dix pays africains au départ, symbole d’une Afrique désormais plus visible dans le football mondial. Cette présence massive n’était pas seulement numérique ; elle portait aussi une promesse ; celle de voir plusieurs sélections africaines franchir un cap, s’installer durablement dans les phases avancées et confirmer que le continent n’est plus invité pour apprendre, mais pour rivaliser.

Sur le plan comptable, le premier bilan a d’abord été très positif. 9 des 10 représentants africains ont réussi à franchir la première étape et à entrer dans la phase à élimination directe, une performance historique qui a confirmé la montée en puissance du continent. Ce taux de qualification de 90 % a été présenté comme un signal fort de progression, avec notamment le Maroc, l’Égypte, la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud, le Cap-Vert, l’Algérie, la RD Congo, le Ghana et le Sénégal parmi les qualifiés pour la suite de la compétition.

Mais derrière cette réussite collective se cache une réalité plus dure : au moment de confirmer, beaucoup d’équipes africaines ont chuté. Sur les neuf équipes sorties du premier tour, seules deux ont réussi à prolonger réellement l’aventure jusqu’aux huitièmes de finale notamment le Maroc et l’Égypte. Les autres ont quitté la compétition avec des regrets, souvent après des matchs serrés, parfois sur des détails, parfois dans les dernières minutes. C’est là que se trouve la grande faiblesse de cette participation africaine, la capacité à résister jusqu’au bout dans les matchs à très haute tension. La force principale des sélections africaines a été leur intensité. Beaucoup ont montré une vraie puissance athlétique, une capacité à presser, à courir, à défendre en bloc et à gêner des adversaires plus expérimentés. Le Cap-Vert, pour sa première participation, a particulièrement marqué les esprits en poussant l’Argentine jusqu’en prolongation avant de s’incliner 3-2. Une performance saluée par les observateurs du football africain.  Mais les faiblesses restent connues notamment le manque de réalisme offensif, la gestion fragile des temps faibles, la concentration qui baisse dans les dernières minutes, et cette difficulté à tuer les matchs lorsqu’une équipe africaine prend l’avantage. Plusieurs éliminations ont donné le même sentiment que l’Afrique sait rivaliser, mais elle ne sait pas toujours conclure.

Le Maroc, lui, semble avoir franchi ce cap. Déjà demi-finaliste en 2022, il n’est plus une surprise. Sa victoire 3-0 contre le Canada en huitième de finale a confirmé son statut de locomotive africaine. Malgré une première période difficile, les Lions de l’Atlas ont su rester calmes, frapper au bon moment et transformer leurs occasions. Azzedine Ounahi a inscrit un doublé, avant que Soufiane Rahimi ne ferme le match en fin de rencontre. Face à la France en quart de finale, le Maroc aura un immense défi. L’affiche rappelle évidemment la demi-finale du Mondial 2022, remportée 2-0 par les Bleus. Cette fois, le Maroc arrive avec plus d’expérience, plus de certitudes et une identité de jeu plus affirmée. Sa chance réside dans sa solidarité défensive, sa capacité à accélérer en transition et son mental collectif.

L’autre espoir africain, c’est l’Égypte. Les Pharaons avancent avec moins de bruit, mais avec une vraie force mentale. Leur qualification aux tirs au but contre la Nouvelle Zélande  a montré une équipe capable de souffrir, de tenir et de gagner dans l’épreuve psychologique.  Le prochain obstacle sera immense : l’Argentine de Lionel Messi. Les Argentins ont eux aussi souffert face au Cap-Vert, mais ils restent des champions habitués à ces matchs où tout se joue sur un éclair, une faute, une inspiration ou une erreur adverse.

L’Égypte devra donc jouer avec intelligence : ne pas se découvrir trop tôt, couper les circuits vers Messi, éviter les fautes proches de la surface et surtout être efficace sur ses rares occasions. Dans ce type de match, l’exploit ne vient pas seulement du courage ; il vient de la discipline. Si l’Égypte veut faire tomber l’Argentine, elle devra produire le match le plus mature de son tournoi.

Au fond, cette Coupe du monde 2026 raconte une Afrique en transition. Le continent a gagné en quantité, en visibilité et en compétitivité. Mais il lui manque encore ce supplément de maîtrise qui transforme les belles résistances en grandes victoires.

Le Maroc et l’Égypte portent désormais plus qu’un drapeau national : ils portent l’espoir d’un continent qui a prouvé qu’il pouvait exister, mais qui veut maintenant prouver qu’il peut durer.

Le bilan africain n’est donc ni un échec, ni un triomphe total. C’est une étape. Une étape encourageante par le nombre, frustrante par les éliminations, mais pleine de promesses pour l’avenir. Si le Maroc fait tomber la France ou si l’Égypte renverse l’Argentine, cette Coupe du monde changera peut-être de dimension pour l’Afrique. Dans le cas contraire, elle laissera tout de même une certitude : l’Afrique n’est plus loin. Mais au plus haut niveau, être proche ne suffit plus. Il faut finir le travail .

Hamed JUNIOR

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