Quasi-insurrection post-législatives au Bénin : Quand Talon confectionne la verge pour le fouetter

Quasi-insurrection post-législatives au Bénin : Quand Talon confectionne la verge pour le fouetter

Trois morts. C’est un bilan dont ne doit pas s’enorgueillir le président béninois Patrice Talon. Ce n’est jamais un honneur pour un Chef d’Etat, dans un pays démocratique, que les forces de sécurité sous son contrôle, tirent à balles réelles sur des manifestants. Et cela, quelles que soient les raisons. C’est donc le premier gros faux pas du président Talon, qui avait pourtant donné de grands espoirs à son élection. La faute politique qui pourrait d’ailleurs coûter bonbon au milliardaire devenu président.

Si on lui demandait aujourd’hui la raison de ce déploiement sécuritaire autour du domicile de l’ancien président Yayi Boni, il sera certainement dans l’incapacité d’y répondre d’une manière convaincante. Quoi ? Arrêter Yayi Boni ? Parce qu’il lui a lancé un ultimatum ?  Réprimer ses partisans qui manifestent et défendent son domicile ? Peut-être. Mais les balles réelles étaient-elles nécessaires ? Le ministre de l’intérieur a beau déclarer qu’aucun ordre n’avait été donné d’utiliser des armes létales, sa profession de bonne foi convainc difficilement. Il n’est pas possible que des policiers assermentés osent tirer à balles réelles, sans avoir reçu l’autorisation ou l’ordre de le faire ?

Des militaires ? Eux encore davantage. Du reste, quelle situation armée Cotonua-t-il atteint au point que l’armée, appelée généralement en renfort en dernière position, lorsqu’un autre moyen n’était plus possible, vienne à intervenir en pleine ville ? Quelle menace sécuritaire ces Béninois constituent-ils au point de mobiliser une institution dont la mission première est de défendre les frontières du pays ?

L’on comprend l’objectif premier de la refonte du code électoral qui a justifié toute cette escalade au Bénin. Réduire le nombre de partis politiques est souvent une œuvre de salubrité publique sous les contrées africaines. L’on sait que les formations politiques, sous le boisseau du multipartisme, sont souvent créées juste pour prétendre au partage du gâteau de la subvention étatique. Des «partillons» politiques qui disparaissent aussitôt que la manne est partagée, qui n’ont aucune base électorale, n’ont aucun poids, ne constituent aucune force de proposition, et ne réapparaissent, après leur temps de stérile hibernation, que pour à nouveau réclamer le partage. Et si Talon a voulu réduire les 250 formations politiques qui constituent le landerneau, la manière n’y est pas et l’enfer étant pavé de bonnes intentions, il aura commis la faute politique, celle de vouloir brider une opposition qui a toujours regimber contre le pouvoir au Bénin, mais qui a été aussi le socle de cette démocratie exemplaire née dans le bouillonnement fébrile de la conférence nationale de février 90.

Le but visé peut donc être noble. Mais l’ombre de la manière et du prix à payer commencent à cacher, sinon engloutir la lumière de cette belle œuvre de salubrité. Limiter le nombre de partis politiques ne vaut pas le coup d’engager le Bénin sur le chemin de l’instabilité et des inconnus. Ensuite, on se demande si Talon n’a pas voulu faire d’une pierre deux coups, profiter pour rabattre le caquet à 2 de ses devanciers devenus ses poils à gratter : Boni Yayi et Nicephore Dieudonné Soglo.

Et finalement, la menace sous forme d’ultimatum lancé par Nicephore, prend forme, car le Bénin est en quasi insurrection.

Il y aura désormais un avant et un après 2 mai 2019. Et quoiqu’on dise, le mandat de talon est marqué au fer rouge sang de ces 3 victimes tuées par balles.

En ces temps où les terroristes profitent de la fertilité des pays déstabilisés  pour couver leurs œufs infernaux, il faudrait savoir raison garder. Patrice Talon et Yayi Boni gagneraient à taire les grondements de leur sourde rivalité pour cultiver les fleurs de l’intérêt supérieur du Bénin. Le cas échéant, l’on assiste de façon regrettable à l’effritement du si beau tableau de rêve démocratique qui était accroché sur le cœur de l’Afrique de l’Ouest depuis 1990. Pour le moment, on se demande sur quels lendemains vont se réveiller les Béninois ? Que deviendra la démocratie béninoise tant portée aux nues ?

Ahmed BAMBARA

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