Rapport Muse rwandais contre rapport Stora algérien : Dégel accéléré à Kigali,  gouffre  mémoriel intact à Alger

Rapport Muse rwandais contre rapport Stora algérien : Dégel accéléré à Kigali,  gouffre  mémoriel intact à Alger

Le cabinet d’avocats américain Levy, Firestone & Muse, basé à Washington, DC, a rendu son «verdict», qui a mijoté depuis 2017. Sentence policée. Enrobée. Roulée dans un langage presque diplomatique. La France a rendu possible le génocide contre les Tutsis, un génocide qui était pourtant prévisible. Exit les mots offensants et «cordialement» dérangeants, aux entournures corrosives pour les tentatives de rapprochement entre la France et le Rwanda.

On est loin du réquisitoire au vitriol du rapport Mucyo, qui avait indexé, montré, taxé et mis pratiquement au banc des accusés une kyrielle de dirigeants et de militaires français. Ce rapport-là avait endossé des habits de procureur, distribuant les accusations à tout va, un peu comme une conscience grincheuse, rigoureuse et sans concession qui met à nu les dérives et pose le doigt sur les plaies béantes des inconduites et des conduites coupables de la France qui a regardé des Tutsis se faire massacrer sans lever le petit doigt par moment et encourageant même par moment.

Le rapport «made in USA» s’inscrit dans une logique plus conciliante. Elle restitue à l’histoire des faits. La France n’a pas été certes « complice », mais elle n’a pas non plus été «innocente» dans le déroulé d’une tragédie humaine qui était clairement prévisible et qu’elle aurait pu tenter d’empêcher, voire y mettre un terme. Notamment en ne permettant pas que le pouvoir qui en portait les germes puisse perdurer, rester en vie assez longtemps et avoir les jarrets solides pour commettre l’irréparable et des faits qui entachent désormais les relations des deux pays et que le détergent de la politique et de la diplomatie s’entête à effacer du mieux qu’il peut.

Sans aucun doute, ce rapport «sain», qui ne condamne ouvertement personne, mais qui ne dédouane non plus personne dans la commission des actes innommables qui ont ensanglanté le pays des «Mille collines», est une passerelle  assez acceptable par laquelle Kigali et Paris pourront passer pour se rejoindre sous le hall de leurs retrouvailles. Des retrouvailles moins dégingandées et plus décrispées, marque assez particulière de la gouvernance sous Emmanuel Macron. Hochement de tête donc à Kigali, en osmose avec le rapport Duclert français, qu’on peut résumer en 2 vocables «responsable mais pas complice» dans l’abjection de 1994.

Par contre, le président français a encore du chemin à faire et doit davantage bander les muscles en ce qui concerne la destination Alger. Une destination que le Premier ministre Jean Castex a dû précipitamment faire sortir de son agenda de voyage. Le dimanche passé, une visite de la délégation française qui était prévue à Alger  a été reportée sans autre date précise après que la partie algérienne a estimé le nombre des visiteurs français trop peu élevé par rapport aux enjeux du voyage. Ici par exemple l’organisation des moudjadine (ONM) regroupant les anciens combattants, l’ONM montre un rictus face au rapport Stora.

Une preuve que les choses restent encore difficiles entre les deux nations. La colle qui doit cimenter les mémoires de la France et de l’Algérie est toujours pleine de petits cailloux qui empêchent une concrétisation des efforts déployés par Paris pour réconcilier Algériens et Français.

Le rapport de l’historien Benjamin Stora, même s’il fait des recommandations assez intéressantes, n’a pas été accueilli par des drapeaux élogieux à Alger. Le comité d’accueil qui lui a été réservé suscite presque du désappointement et un zeste d’agacement chez Emmanuel Macron. Mais n’est-il pas essentiel de monter encore plus quelques nouveaux paliers de cette politique de reconnaissance ? L’histoire des pieds-noirs, des harkis, des appelés du contingent, des militaires français doit être vue sous cet angle. Reconnaître que l’avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel a été «torturé et assassiné» par l’armée française constitue la voie à suivre. La volonté de ne pas se repentir, de ne pas présenter des excuses doit être à nouveau reposée sur la table opératoire et analysée sous l’aune de l’envie réelle de construire des ponts entre la France et l’Algérie. C’est peut-être sous cet angle que se déroulera la visite de Macron au Rwanda en mai prochain. Reconstruire les murs qui unissent les Hommes demandent aussi d’y laisser quelques traces de peau…

Ahmed BAMBARA

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0
Aujourd'hui au Faso

GRATUIT
VOIR