RD Congo : Cohabitation corsée ou gouvernement d’union nationale ?

RD Congo : Cohabitation corsée ou gouvernement d’union nationale ?

Comment ne pas tenir la promesse d’un lendemain électoral explosif en République démocratique du Congo (RDC) ? Cela doit être la question que se posent tous  ceux qui veulent du bien à ce vaste pays. Mais peut-être qu’elle n’aurait pas eu lieu d’être si des deals d’arrière-boutique n’avaient pas été conclus sur le dos peut-être des Congolais.

Lorsque Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi brandissaient leur ticket gagnant depuis Nairobi, peut-être que Joseph Kabila était déjà «le partenaire politique» du fils d’Etienne Tshisekedi. Un partenariat qui lui garantissait la victoire en échange dont on ne sait quel compromis pour le président sortant. En reniant leur parole de Genève, pour constituer ce duo de Nairobi, au détriment du G7 Félix et Vital n’avaient-ils pas pris langue avec Kabila-fils, qui avait des lors flairé le bon coup ? On peut le supposer au regard à l’époque, des arguments brandis par les deux pour cette défection.

Mais si l’on s’en tient aux données visibles, on peut soupçonner déjà ce qui a été mis sur la balance :

– Joseph Kabila a piégé la communauté internationale puisqu’il a organisé l’élection présidentielle qu’elle réclamait tant à s’en péter les cordes vocales. Il est lui désormais difficile de s’en prendre au chef de l’Etat sortant pour cet aspect des choses. En effet, après trois (3) reports et des mics-macs à n’en pas finir et surtout après avoir bien goupillé sa chose, le fils de Mzea a enfin satisfait la communauté internationale et respecté avec une semaine de retard, la clause de l’Accord de la Saint-Sylvestre. Que peut-on lui reprocher, sauf qu’il a manœuvré pour sortir ses marrons du feu ?

– Kabila a toujours entre ses mains la réalité du commandement des forces armées de la RDC. Celles-ci lui sont dévouées. La preuve ? Les forces de sécurité n’ont pas hésité à mater des militants de Martin Fayulu lors des premières manifestations de protestation après la proclamation de la victoire de Tshisekedi. Sans vouloir contester le caractère républicain des forces armées congolaises ni dénier à Joseph Kabila qu’il est un «démocrate» et un joueur fair-play, on se demande tout de même si la réaction aurait été la même si Fayulu avait remporté le scrutin et que des partisans de Tshisekedi avaient exprimé leur désapprobation.

– Sauf erreur de calculs et de comptage, l’Assemblée nationale risque d’être de coloration Joseph Kabila, car le FCC et alliés engrangent 350 élus sur 485 si fait que l’hémicycle sera dominé par les affidés du pouvoir sortant. Autant dire une camisole de force pour le président Félix Tshisékédi dont la marge de manoeuvre sera étriquée.

Résultats des courses, il n’est pas idiot d’interroger le type de président que Félix Tshisekedi sera. Sans armée, sans assise au parlement, sans avoir entre ses mains la réalité de l’économie, comment pourrait-il appliquer son programme dans cette RDC enfoncée jusqu’au cou dans la gadoue des défis et des problèmes ? Et lentement et sûrement, on s’achemine, sous réserve de la décision de la Cour constitutionnelle au mieux vers un premier ministre issu du FCC, donc vers une cohabitation très corsée. Au pire vers recompter les voix et former un gouvernement d’union nationale comme le propose Edgar Lungu le président de la  SADC, position partagée par la Conférence internationale sur les régions des Grands Lacs (CIRGL) qui estiment que c’est la solution idoine à l’image de l’Afrique du Sud et du Kenya, à une certaine époque.

On aura donc un président sans prérogatives donc un pantin entre les mains du grand marionnetiste politique Joseph Kabila. Mais pas seulement. Il sera un punching-ball pour Martin Fayulu qui l’utilisera comme moyen pour canaliser sa rage d’avoir vu sa victoire lui être volée avec un art aussi consommé.

Dans un sens comme dans l’autre, Félix Tshisekedi semble s’être mis dans un deal foireux. Pourra-t-il vraiment jouer le «Medvedev» de la RDC ? Acceptera-t-il avaler des couleuvres dans ce régime semi-présidentiel mais en réalité très présidentialiste ? Sans compter que la déflagration sociale peut venir tout envenimer et plonger sa gouvernance dans un vide intersidéral. A moins qu’il n’est lui-même échafaudé un autre plan pour sortir gagnant de cet imbroglio. Le recomptage des voix est une solution. Mais est-ce que le camp Kabila ou Tshisekedi ou Kabila-Tshisekedi va accepter une telle possibilité de découverte de sa magouille, si magouille il y a eu ? Pas certain.

Le gouvernement d’union nationale ne va certainement pas réjouir Martin Fayulu, surtout s’il sent qu’il peut être à nouveau roulé dans la farine. Or, Joseph Kabila semble être passé maître dans l’art de rouler les gens dans la farine comme un bon boulanger. Les données semblent complexes. Mais avec de la bonne volonté, les acteurs politiques congolais pourraient surprendre le monde. Au moins pour une fois.

Pour tout dire, la RDC a tenu ses élections, un opposant modéré a été déclaré vainqueur, les recours pendent devant la Cour Constitutionnelle et on constate que Kabila est parti sans être parti. Faut-il faire avec ou tenter autre chose ?

Ahmed BAMBARA

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