Renvoi du procès assassinat Thomas Sankara au 25 octobre :  Vérité-Justice en mouvement, mais réconciliation nimbée d’interrogations

Renvoi du procès assassinat Thomas Sankara au 25 octobre :  Vérité-Justice en mouvement, mais réconciliation nimbée d’interrogations

Le procès sur l’assassinat de Thomas Sankara et 12 de ses compagnons débuté hier 11 octobre est l’aboutissement d’un parcours de combattant de la famille de l’illustre défunt, sa femme Mariam, des avocats, de la noria d’ONG et d’une décision politique : celle du gouvernement de la Transition lequel a été convaincu que les Burkinabè ne pouvaient pas se regarder fièrement devant un miroir s’ils ne rendaient pas justice à celui qui mit le Burkina Faso sur orbite.

«Manifestation de la vérité», «c’est un jour de vérité pour moi, ma famille et tous les Burkinabè», «Nous voulons un procès exemplaire», les propos se rejoignent en échos, ceux des avocats, de la veuve Mariam Sankara et même du citoyen tartempion.

Ambiance lourde hier à la salle des Banquets de Ouaga 2000, sécurité oblige, il fallait montrer patte blanche pour y entrer mais assez détendue à l’intérieur, avec la présence des familles, parties civiles, médias, chacun ayant son pan de rangée. Grand absent, mais dont l’ombre a plané sur le procès dès ce premier jour de l’audience, Blaise Compaoré, jugé par contumace. Présence néanmoins remarquée du général Gilbert Diendéré, «l’accusé VIP» de ce procès dixit Laetare Basile Guissou, ex-ministre des Affaires étrangères de Sankara.

Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando absents, des 12 physiquement présents dans le box des accusés, «Golf» surnom de Diendéré paraît le seul à pouvoir donner certaines informations sur la tragédie du Conseil de l’Entente de ce jeudi 15 octobre 1987. Encore faut-il qu’il accepte de se lâcher. Hier en tout cas à l’ouverture, c’est un Gilbert Diendéré apparemment détendu, un peu souriant qui était là avec les autres co-accusés. Une journée consacrée au choix des juges assesseurs et suppléants, à la requête de l’archivage audio-visuel du procès pour les générations futures demandée par les parties civiles demande rejetée, à la requête également de 2 avocats commis d’office qui voulaient 1 mois pour éplucher les «20 000 pièces du dossier». 2 semaines a coupé court le président Urbain Méda. Au-delà que peut-on opiner à l’entame de ce procès d’une historialité retentissante ?

Voilà le Burkina sur le chemin de la vérité intimement liée à la justice. Voilà le Burkina qui emprunte la route qui devrait le conduire au calme des coeurs, mais non partagée par tous, en particulier rejeté par les «Blaisistes», les partisans du célèbre exilé d’Abidjan.

D’ailleurs, la raison invoquée par Blaise et ses conseillers pour ne pas venir est qu’il s’agit d’un procès politique. Ensuite, ce qu’on ne dit peut-être pas, mais que subodorent des Burkinabè, et des proches de l’ex-président, c’est que pour l’enfant de Ziniaré, ce serait une infamie que cette image de lui dans le box des accusés, en train de décliner son identité aux juges, de donner des explications sur son agenda le 15 octobre 1987. Un Blaise en train d’être questionné par des avocats, dont il faut reconnaître que certains l’attendent de pied ferme. Lui le tout-puissant homme fort du Burkina durant 27 ans, doit se retrouver devant un tribunal, à 70 ans ! Même dans son subconscient, Blaise ne l’aurait jamais imaginé.

Une telle image d’un Blaise devant le tribunal serait un kaléidoscope unique, la preuve qu’on est si peu de chose, et que le pouvoir, surtout celui du Blanc, se réduit à des glorioles fugaces, ou à ceci «vive le président aujourd’hui», «A bas le président demain». Au-delà donc de cette coloration politique du procès dont taxent les thuriféraires de Blaise, il y a cette peur de «l’humiliation» qui pourrait être la hantise explicative de cette absence de l’accusé-phare.

Naturellement, il y a également la problématique de la réconciliation qu’exhibent les partisans de Blaise. La concomitance de ce procès avec celui du processus de réconciliation nationale, dont le clap de fin est pour le 22 janvier 2022 avec le forum est-elle bien pensée ? Pour les uns, on ne peut juger Blaise, maillon capital dans la chaîne de réconciliation et parler de cette paix des cœurs.

La réponse est venue de Mariam Sankara, cinglante  hier lors d’une interview à RFI : «La réconciliation ne peut pas faire obstruction à la justice».

Rien ne présage de ce que seront les verdicts, mais nombreux sont ceux qui se demandent quelle sera la pirouette pour harmoniser justice et réconciliation, surtout s’il y a condamnation à des peines lourdes. La grâce présidentielle ? Une loi amnistiante ? Et quelle sera la réaction des familles des victimes ? Procès souhaité et gagné certes, mais pour la réconciliation, beaucoup de choses restent nébuleuses, chacun le sait.

La REDACTION

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