Réparations liées à l’esclavage: Le coup de gueule de Nana Akufo-Addo

Réparations liées à l’esclavage: Le coup de gueule de Nana Akufo-Addo

C’est un coup de gueule qui ravive des souvenirs douloureux pour tout un continent dont les blessures et meurtrissures peinent encore à se cicatriser malgré l’effet du temps. Dans une série de tweets, le président du Ghana Nana Akufo-Addo a réitéré, mardi, ses propos tenus lors d’un sommet, lundi, à Accra, sur les réparations et la guérison raciale, un discours dans lequel il a plaidé pour que des réparations soient versées au continent africain.

«Il est temps que l’Afrique, dont 20 millions de fils et de filles ont vu leurs libertés réduites et ont été vendus comme esclaves, reçoive également des réparations», a plaidé Nana Akufo-Addo.

Enfonçant le clou, le dirigeant ghanéen a déclaré que les effets de la traite des esclaves étaient «dévastateurs» pour le continent et la diaspora et que toute la période de l’esclavage a retardé «le progrès économique, culturel et psychologique de l’Afrique». Voilà que ressurgit une question que l’humanité n’a jamais eu le cran d’aborder courageusement qui ferait surface. Depuis les indépendances, des voix s’étaient prononcées dans ce sens. Des chefs d’Etat africains, tels que  Julius Nyerere, Nelson Mandela, Kwamé N’Krumah, Thomas Sankara…s’étaient fait les porte-voix d’une Afrique martyrisée trois siècles durant (16e au 19e siècle)  par une pratique déshumanisante qui avait fait le bonheur de plusieurs grandes nations européennes et américaines. Mais que nenni ! Rien ne fut fait pour entendre ces voix revendicatrices. Pas même les excuses pour ces tords subis n’ont été formulées ou exprimées.

Si par la force des choses, l’esclavage aboli au forceps, a fini par être reconnu comme un crime contre l’humanité, l’épineuse question des réparations est restée en suspens et un sujet tabou jusqu’à nos jours. Le dernier plaidoyer du président ghanéen s’inscrit donc dans la logique de ses devanciers qui avaient souvent rué dans les brancards pour dénoncer l’injustice subie par les Africains durant ces moments sombres de l’histoire de l’humanité. Le point culminant de cette injustice avait été les réparations pécuniaires accordées aux esclavagistes qui ont profité de cette pratique au détriment des esclaves  qui n’avaient rien reçu.  Comme ce fut le cas des propriétaires d’esclaves britanniques qui avaient perçu 20 millions de Livres sterling (soit  et l’équivalent de 20 milliards de Livres sterling aujourd’hui), de ceux des Etats-Unis (300 dollars)  et des esclavagistes français d’Haïti dont les réparations s’élevaient à 21 milliards de dollars, tous ont reçu leur part de contrepartie, sauf les esclaves eux-mêmes.

En exhortant l’Union africaine à s’engager avec les Africains de la diaspora pour  un front uni afin de faire avancer la cause des réparations, Akufo-Addo met le pied dans une fourmilière restée jusque-là inattaquable. Sera-t-il entendu, par cette organisation dont la marge de manœuvre est limitée ? Difficile d’y croire, quand on sait que depuis la nuit des temps l’Afrique peine à parler d’une seule voix lors des grands rendez-vous de l’histoire.

 Davy Richard SEKONE

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0
Aujourd'hui au Faso

GRATUIT
VOIR