Reprise procès Thomas Sankara : Les papamadit, Jack Lang et autres témoigneront par visio-conférence

Reprise procès Thomas Sankara : Les papamadit, Jack Lang et autres témoigneront par visio-conférence

Le procès sur l’assassinat du président Thomas Sankara et ses 12 compagnons a repris le lundi 25 octobre 2021. Hier, on a pinaillé sur la possibilité ou non des témoins vivant à l’étranger tels que  Jean-Christophe Mitterrand, Jack Lang et autres de témoigner via visio-conférence. Après la décision de la Chambre d’utiliser cette technologie malgré l’opposition d’une partie de la défense et du parquet militaire, le greffe a procédé à la lecture de la lettre de renvoi. Elle consiste à citer les noms de tous les prévenus (25 au total) même ceux qui sont décédés, les chefs d’accusation qui pèsent contre eux, un résumé de leur audition et des témoignages de témoins les accablant. Aussi, une demande de mise en liberté d’une dizaine d’accusés a été formulée par la défense. Si le parquet trouve recevable cette requête, la partie civile se dit sceptique. La Chambre appréciera ce matin et s’en suivra le début de l’interrogatoire des accusés avec Elysée Yamba.

Le deuxième jour du procès Thomas Sankara a repris hier avec une requête des conseils des parties civiles. Afin de permettre à des témoins vivant à l’étranger d’apporter leur contribution à la manifestation de la vérité, les parties civiles ont souhaité que la Chambre les autorise à intervenir via visio-conférence. D’ailleurs, c’est une disposition prévue par la loi, rappelle Me Prosper Farama, qui a émis la requête. Le parquet militaire va s’y opposer, en confiant ne pas disposer de cette technologie. De plus, il avance comme argument, le risque selon lequel, le procès pouvait être enregistré grâce à cette technologie alors que la loi l’interdit. Le procureur militaire a de ce fait souhaité que l’interrogatoire des témoins se fasse de façon traditionnelle. Elle propose à ce que les témoins présents sur le territoire national soient entendus en premier, afin de permettre à ceux qui sont à l’étranger de se préparer et venir témoigner physiquement.

En réponse aux propos du procureur militaire, Me Prosper Farama se dit étonné de voir qu’au 21e siècle, l’on ne soit pas en mesure de faire témoigner des témoins par visio-conférence. Si l’Etat n’est pas en mesure de le faire, il engage la responsabilité des parties civiles à mettre à la disposition de la Chambre, la technologie appropriée. Pour ce qui est de l’inquiétude de piratage émise par le parquet, il lui rappelle qu’il est aussi possible d’enregistrer le procès grâce aux micros utilisés dans la salle d’audience. Par conséquent, son argumentaire ne tient pas. Me Hervé Kam ira dans le même sens que lui, en indiquant qu’il n’y a rien d’extraordinaire à utiliser la visio-conférence au cours du procès. Mieux rappelle-t-il, ce n’est pas au parquet d’introduire la technologie, mais la Chambre qui juge.

La défense en rang dispersé

Sur le principe, Me Kopio de la défense ne trouve aucune objection. Cependant, il demande à la Chambre d’enjoindre le parquet à fournir la technologie, si elle autorisait l’utilisation de la visio-conférence au cours du procès. Par ces mots, il ne partage pas la proposition des parties civiles de fournir ladite technologie. Son confrère Me Mamadou Sombié va s’y opposer. De ses dires, le témoin doit comparaître pour ce qu’il a vu et entendu. S’il ment, il sera poursuivi. Son souci est que si les témoins de l’étranger mentaient, de quel pouvoir dispose la Chambre pour les poursuivre. En plus souligne-t-il, ils ont obligation de prêter serment avant de témoigner. Comment pourront-ils le faire par visio-conférence ? Se demande-t-il. A travers son argumentaire, l’on se rend compte qu’il est contre l’utilisation de la technologie en question. Sa consœur Me Aouba abondera dans le même sens que lui. Elle a invité le président de la Chambre, Urbain Méda, à appliquer l’article 119 du Code militaire. Cet article selon ses explications, veut qu’à l’absence d’un témoin, on passe outre son témoignage.  Pour cette requête, la Chambre va céder à la requête des parties civiles, en autorisant les témoins vivant à l’étranger, à intervenir via visio-conférence.

Lecture faite de la lettre de renvoi

Ce débat clos, le greffe a procédé à la lecture de la lettre de renvoi. 25 noms au total ont été cités avec les chefs d’accusation qui pèsent contre chacun des prévenus. Certains sont décédés, d’autres en fuite. De son audition, l’on retient que le général Gilbert Diendéré nie les faits à lui reprochés. Il affirme qu’il faisait du sport non loin du lieu du drame, quand il a entendu des coups de feu, et s’est rendu par la suite pour vérifier. Il accuse Hyacinthe Kanfando d’avoir organisé les assassinats. Les témoins dans leur audition, ont affirmé ne l’avoir pas vu sur les lieux. Blaise Compaoré n’ayant pas été entendu, il ressort que le climat entre lui et le père de la révolution était tendu, a indiqué le greffe à la lecture de la lettre de renvoi. Il relève également que les commandos qui ont fait le coup d’Etat, sont ses proches et sont venus de son domicile. D’ailleurs, ce sont eux qui l’ont conduit sur le lieu du drame. Hyacinthe Kanfando n’ayant pas été auditionné aussi, il ressort de la lettre de renvoi, que des témoignages l’accusent d’avoir tiré des rafales sur les victimes, et c’est lui qui a abattu le président Sankara. Celui qui a trahi le père de la révolution est Pousbé Traoré selon les témoins qui l’accusent d’avoir informé les assaillants de la position du président. Bien entendu, il réfute cette accusation, et déclare qu’à l’arrivée des assaillants, alors qu’il était de garde, il a pris une arme dissimulée pour les désarmer. Son supérieur hiérarchique va indiquer qu’il n’était pas de garde le jour du 15 octobre.

Demande de mise en liberté provisoire, les parties civiles contre

Après plus de trois heures de lecture de la lettre de renvoi par le greffier en chef, la défense s’est saisie de la parole pour une demande de mise en liberté d’une dizaine d’accusés en vertu de l’article 112 du Code de justice militaire et de l’article 261 du Code de procédure pénale. Il s’agit de Jean Pierre Palm, Amado Kafando, Elysée Yamba, Ninda Tondé, Nabonswendé Ouédraogo, Diébré Jean Christophe, Idrissa Sawadogo, Tibo Ouédraogo, Démé Djakalia et Bossobé Traoré. Etat de santé, Absence de confort en milieu carcéral, la présence physique de ces prévenus durant toute la procédure gage de bonne foi, sont entre autres raisons avancées par la défense pour demander leur mise en liberté provisoire. «C’est pour des raisons de santé que nous demandons la mise en liberté des accusés afin qu’ils puissent participer pleinement à la manifestation de la vérité», indique Me Diakité du Cabinet Me Oppioh. «Djakalia Démé vaquait à ses occupations et était toujours à la disposition de la justice quand le besoin se manifeste, jusqu’à ce qu’il soit incarcéré en début d’audience de ce procès», ajoute Me Somé. Et Me Aouba de souligner : «accéder à notre requête et si les accusés ne se présentent pas, c’est à leurs risques et périls». À ces demandes, le parquet militaire ne voit pas d’objection et estime que la requête est recevable en vertu de l’article 261 du Code de procédure pénale. Les parties civiles par la voix de Me Farama s’insurge : «à cette allure mettons tous les accusés en liberté provisoire sauf bien sûr Diendéré qui a été condamné !». Pour lui, les raisons avancées par la défense ne tiennent pas et rien ne les assure que si ces prévenus sont mis en liberté ils ne vont pas non d’une manière ou d’une autre vouloir suborner les témoins ou prendre la fuite. «Nous ne sommes pas responsables de l’état de leur santé ni la durée du procès», vocifère Me Ferdinand Zemba. La chambre appréciera aujourd’hui avant de poursuivre avec l’interrogatoire des accusés .

Omar SALIA et

Edoé Mensah-Domkpin

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