Rex Tillerson en Afrique : Opération déminage et chasse au dragon chinois

Rex Tillerson en Afrique : Opération déminage et chasse au dragon chinois

De part la matrice originelle de la politique de son patron, le président Donald Trump «America first», l’Afrique n’est nullement la tasse de thé de sa galaxie. Et pourtant Rex Tillerson, son secrétaire d’Etat a foulé le sol du continent pour la première fois, hier 6 mars 2018.

Tchad, Ethiopie, Djibouti, Kenya et Nigéria tel est l’itinéraire de la tornade-Tillerson, qui a plusieurs missions dans son attaché-case. Naturellement, la lutte contre le terrorisme, la paix et la sécurité sont toujours dans l’Agenda de tout missi dominici américain. En clair, les impératifs sécuritaires sont toujours au premier plan. Ainsi en est-il du Sahel, par exemple où 4 soldats yankee ont été tués il y a deux mois au Niger, si fait que l’oncle Sam qui rechigne toujours à accorder tous les égards à la Force G5-Sahel, pourrait changer son registre. Idem au Tchad où se trouve justement le QG de Barkhane, un Tchad, dont les Américains apprécient la compétence des Warriors, (et execre ses ressortissants) et Rex Tillerson ne peut qu’évoquer le contre-terrorisme avec Idriss Déby Itno. Le même prisme peut être appliqué aux séjours nigérians (la croisade contre Boko Haram), du Kenyan avec les Shebab, et même l’Ethiopien, maillon crucial dans cette partie de l’Afrique, souvent en bisbilles avec le turbulent voisin l’Erythrée.

Du reste, à Addis Abeba, première étape de cette tournée de déminage, il en profitera pour deviser avec les dirigeants de l’UA sur les crises qui secouent le berceau de l’humanité. Avec Moussa Faki Mahamat, les points ont été mis sur les ‘’i’’, puisque le président de la Commission de l’UA, n’est pas passé par 4 chemins, pour signifier à l’envoyé spécial américain que les propos de Donald Trump, restent toujours en travers de la gorge des Africains. Quant à Djibouti, concentré de plusieurs bases  militaires (française, chinoise et américaine), il s’agit pour l’aigle de démontrer au dragon, que les boys américains ne laisseront pas l’armée rouge agir à sa guise. Côté pile donc de cette tournée au pas de charge, il y a la lutte contre tous les axes du mal, la promotion de la bonne gouvernance et le Business, car le Traid, not Aid a toujours été dans l’ADN de tout Américain, démocrate ou républicain. Et dans le cas d’espèce, la grande Amérique voit d’un mauvais œil, la percée de la Chine en Afrique. En termes d’échanges commerciales avec l’Afrique, le pays de Xi Jinping se situe autour de 85,3 milliards de dollard pour le premier semestre 2017 (en hausse de 19%) et est le premier partenaire commercial de l’Afrique. Et puis les USA savent qu’en matière d’aides, de subventions, bref de coopération bi ou multilatérales, les concitoyens de Mao Zedong appliquent la fameuse formule, «qu’importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape les souris». D’où l’inquiétude hypocrite et insincère de l’Amérique, quand, elle parle d’une «explosion de l’endettement de certains Etats africains» par la Chine. Conseiller aux Africains de faire gaffe aux contrats signés avec les Chinois, c’est bien, mais respecter d’abord les Africains c’est cela le préalable. Et avec la politique trumpiste actuelle, quelle est la différence entre ‘’American First + Traid Not Aid’’ et les contrats liés avec les Chinois ? Il y a donc le Rex Tillerson VRP, véritable représentant placier qui sillonne pour la première fois le berceau de l’humanité. Mais, il y a une autre casquette, moins reluisante, plus compliquée que Tillerson portera à cette tournée : celle de pompier, de démineur pour éteindre le  feu que son président a allumé, et dont les braises sont toujours incandescentes, malgré, une correspondance de contrition envoyée par Trump aux chefs d’Etat de l’UA le 29 janvier dernier. Quoi, Donald Trump envoie un émissaire dans «des pays merdiques ?». Comment expliquer que le même Trump qui a frappé les Tchadiens de Travel Ban sur l’Amérique, envoie son ministre des affaires étrangères à N’Djamena ?

Même, en promettant, qu’il biffera le Tchad de cette Black list, le mal est déjà  fait ! Mission périlleuse donc que celle de pompier auquel devra jouer Rex Tillerson, qui n’est pas en terrain connu, et précéder en cela par la mauvaise réputation d’un Donald Trump, qui a tellement méprisé l’Afrique jusqu’à la cariture, qu’à la limite il envoie Rex Tillerson au casse-pipe politique et économique. La grande Amérique, si prévoyante, ignore-t-elle, que la nouvelle génération africaine, a de plus en plus les yeux tournés vers la Chine, et les dragons asiatiques ? il faudra peut-être une autre tournée, de Rex, voire de Trump himself, pour recoller les morceaux et surtout convaincre les Africains qu’ils ne font pas de bonnes affaires avec les Chinois.

Et l’Amerique ignore t-elle que l’adage bien connu en Afrique dit que «l’enfant va là où hier on ne l’a pas donné de fessée ?».

Sam Chris

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