Rupture sécuritaire avec la France : Début d’une seconde décolonisation au Sahel ?

Rupture sécuritaire avec la France : Début d’une seconde décolonisation au Sahel ?

Difficile de ne pas y penser même si les trajectoires des deux transitions sont différentes, le contexte et surtout les pays. Mais la demande de départ de la Force française Sabre de Kamboinsin par les autorités burkinabè rappelle un précédent divorce acté, il y a si peu. Celui du grand voisin d’à-côté, le Mali où quelques mois plus tôt, les bases de la Force Barkhane avaient été contraintes d’abandonner ses quartiers aux Forces armées maliennes (FAMa) sous les coups de boutoirs des autorités maliennes.

Dans ce premier revers de l’armée française au Sahel, le colonel Assimi Goïta  et ses frères d’armes qui ont pris les rênes du pays, avaient bénéficié des erreurs du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, mais aussi du pourrissement de la situation par le M5 –RFP, conglomérat politico-religieux cornaqué par des figures totémiques de ces deux entités. La suite, on la connaît. Une première transition écourtée par les mêmes colonels qui ont fini par déposer Bah Ndaw et Moctar Ouane et prendre les «choses en main». Depuis lors, plus rien ne sera comme avant avec la France jusqu’au départ des derniers soldats de la base de Gao.

Au Burkina Faso, les faits sont similaires, le 24 janvier 2022, un premier coup d’Etat perpétré contre Roch Kaboré avait permis au lieutenant-colonel Damiba de prendre le pouvoir avant que ce dernier ne soit à son tour déposé huite mois plus tard par le Capitaine Ibrahim Traoré (34 ans). Selon les nouveaux maîtres du pays des Hommes intègres, la situation qui avait conduit au premier coup de force n’a pas connu d’amélioration. Pire, elle s’était dégradée.  Comme un signe, le président IB a réservé sa première visite hors du pays au Mali où il avait bénéficié de tous les égards. A ce titre, tous les observateurs avaient remarqué les petites différences dans l’accueil avec son prédécesseur Damiba qui, lui aussi s’y était rendu.

En faisant le parallèle entre les actes posés dans ces deux pays, comment oublier le renvoi de l’ambassadeur de France au Mali ? Ici au Burkina Faso, on n’a pas franchi ce palier, mais on a demandé son remplacement. Et ces réclamations de la rue par la piétaille de la cavalerie russe avec une kyrielle de drapeaux arborés à chaque manifestation anti-française, ce qui n’est pas sans rappeler les manifs du même genre à Bamako !

Point d’orgue à ce qui ressemble à un effet domino venu des bords du Djoliba, le divorce sécuritaire avec la demande de départ de la Force Sabre est assimilable à celle de Barkhane. Au-delà du principal grief évoqué dans ce divorce commun aux deux pays (insuffisance de résultats dans la lutte contre le terrorisme et même intelligence avec eux) lequel grief colle aux Forces spéciales françaises de Barkhane comme Sabre. Mais,  le fait qu’au Mali, quelques incidents ont précédé cette rupture contrairement au Burkina Faso où cette décision tombe drue sans cette série de faits survenus, tranche avec le cas malien. Et pour s’en convaincre, il suffit d’observer l’attitude de Paris et les réactions qui s’en sont suivies. La situation sera au menu du déjeuner Macron-Ouattara de ce mercredi 25 janvier à l’Elysée.

Si l’on ajoute le voyage du premier ministre burkinabè à Moscou, d’aucuns diront que le Burkina Faso met ses pas dans ceux du Mali. Vrai et faux à la fois ! Car si la Russie lutte pour la souveraineté dont les panafricains affublent le Mali de Goïta a déferlé aussi sur le Burkina Faso, s’il y a ras-le-bol de la jeunesse des deux pays sur certaines postures de la France dont elle exige qu’elle brûle ses scories néocoloniales et si les deux pays ont des relations très compliquées actuellement avec l’ex-Métropole, le Burkina Faso n’en est pas encore au stade du Mali, même si le Rubicon pourrait être franchi allègrement d’ici là.

Ensuite, Wagner n’est pas encore au Burkina et d’ailleurs pour la petite histoire à force d’en faire cas, la ministre des Affaires étrangères burkinabè sans doute qu’on casse les tympans avec Wagner s’est écriée le 23 janvier : «Notre Wagner ce sont les FDS et les VDP». Alors, le pays des hommes intègres suit-il le Mali ? Peut-être prend-t-on ce qu’on estime bon chez ce voisin. Et tout le reste  n’est  qu’incantations.

La rédaction

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