Signature de l’Accord inter-centrafricain : La porte étroite de Bangui

Signature de l’Accord inter-centrafricain : La porte étroite de Bangui

7  Républiques, un empire, 7 interventions françaises, la dernière Sangaris, débutée en 2013 a pris fin trois (3) ans plus tard. Et toujours une RCA instable, malgré un verdict des urnes qui installa Faustin Archange Touadera au palais de la Renaissance. C’était sans compter avec les ex-Balaka et son ennemi juré, les Selekistes et on oublie la camarilla de rébellions qui écument le pays à qui mieux mieux, et tous les autres présents incognito. Car si les Français ont plié bagages, les Russes eux, ne se sont pas faits prier et par l’entremise d’une société privée, ils sont bien présents en RCA, une RCA qui est quasiment une invention française !

Après le paraphe, la signature. Après Khartoum, Bangui. Une petite farandole faite de jeu de manches et habillée de solennité pour accompagner la réalisation du 8e accord de paix entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés. En principe, à partir de ce 6 février 2019, aucun coup de feu ne devrait plus retentir en République centrafricaine, si ce n’est pas tuer une perdrix en vue d’un petit feu au clair de lune entre frères et sœurs centrafricains, entre chrétiens et musulmans, ex-séléka et ex-balaka.

C’est du moins cet optimisme béat qu’affiche le président centrafricain Archange Touadera à la cérémonie de signature à Bangui ce mercredi. Un «moment historique», dit-il, qui a vu la main tendue du gouvernement vers les «frères et sœurs des groupes armés». On aimerait tant partager l’exubérance et la joie sans conteste de «l’Ange». Les Centrafricains méritent désormais de circuler dans leur propre pays sans crainte d’être inquiétés, d’être pris à partie ou pire, de voir leur vie leur être arrachée par leurs propres frères.

Le receveur de la dîme de sang est plus que repu. Les inhumains qui ont utilisé cette crise à leur fin, leur profit et leurs intérêts doivent désormais cesser leurs basses besognes pour laisser poindre le soleil de la paix, du bien-être et de la quiétude sur les chaumières de ce pays.

Toutefois, c’est la 8e fois qu’un «papier» a été signé pour invoquer la paix en République centrafricaine. Par six fois, les digues n’ont pas tenu  et les eaux de la colère et la bêtise humaine ont rompu les amarres pour déverser leur flots de désolation sur le dos de pauvres habitants qui ne comprennent pas souvent grand-chose à cette déferlante de violence.

Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki, l’a bien signifié. «Le véritable défi sera le suivi de cet accord», a-t-il déclaré. Et il a raison. Ce parchemin doit être observé avec minutie et vigilance pour éviter que sous le feu d’une fougue incontrôlée, trois années d’efforts soient réduits à néant. C’est un modus vivendi à l’épreuve d’un Etat au bord de la faillite, pour ne pas dire plus où concessionnaires politiques et économiques, dépècent tout ce que peut l’être. Les signatures sont à présent apposées et il faudra que des ennemis qui sont dehors tels François Bozizé et autre Michel Djotodia, daignent enfin accepter que les autres compatriotes ont droit à la paix, au bonheur, au vivre-ensemble, un vivre-ensemble que tentent de rafistoler chaque jour l’imam du PK5 Omar Kobine Layama et le jeune cardinal de Bangui, Dieudonné NZapalinga.

Du reste, le mystère qui plane sur cet accord, tel un voile noir sur le canaris d’un féticheur de la forêt Oubangui-Chari laisse d’ailleurs perplexe quant à ses chances d’être observé à la lettre. Les combattants des 14 groupes armés sont-ils au courant des clauses ? Quand est-ce que celles-ci seront-elles rendues publiques ? Et le jour où elles le seront, quelle sera la réaction des populations, des Centrafricains, au nom de qui il a été signé et pour lequel il a le plus souffert ? Qui pour franchir sincèrement cette porte étroite, c’est-à-dire jouer franc-jeu afin de sauver la RCA, ou ce qui en reste ?

Il reste à espérer que l’absence des  chefs des deux principaux groupes, Ali Darassa pour l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) et Noureddine Adam, leader du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), ne signifiera rien de fâcheux pour la santé de cet accord qui a l’air d’être si fragile… L’avenir est seul juge.

Ahmed BAMBARA

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