Situation au Nigéria : Le président Buhari parle : «Je vous ai compris un peu»

Situation au Nigéria : Le président Buhari parle : «Je vous ai compris un peu»

56 tués en 2 semaines selon Amnesty International, des bus et camions des sapeurs-pompiers caillassées, des commissariats de police brûlés, Lagos, Ibandan et plusieurs villes à feu et à sang, et un couvre-feu instauré dans plusieurs Etats. Une jeunesse en colère contre ses dirigeants… le géant de l’Afrique au pied d’argile a mal aussi à son corps social. Naturellement en pareil cas, on tend l’oreille vers  «Baba go slow».

Après plusieurs jours de mutisme alors que son pays s’embrasait, le président nigérian Muhamadu Buhari a enfin déchiré le voile du silence.  On l’attendait. On l’incitait même  à parler. C’est désormais chose faite hier. Mais ce n’est pas vraiment certain que c’est ce à quoi  ses compatriotes s’attendaient.

Le président Buhari a un peu compris les récriminations générales de ses compatriotes, mais le «Général» Buhari ne permettra pas que les violences continuent et surtout, que des individus et des groupuscules s’amusent à semer le désordre dans le pays. En un mot comme en mille, le militaire qui reste tapi sous les larges boubous du Chef de l’Etat ne désavouera pas outre mesure les forces de l’ordre.

Il faut dire que c’est une ironie qui danse au sommet du chéchia de Buhari. Réélu le 16 février 2019, avec 56% des suffrages, le général-président avait prêté serment sur 2 points : la croisade contre la corruption devenue un sport national et la lutte impitoyable contre la secte du chacal Abubakar Shekau. Pas l’once d’un semble de printemps nigérian à l’horizon … Mais le candidat-président n’avait certainement pas à avoir en ligne de mire, une partie de son propre peuple. Du moins, rien ne le laissait présager. Le militaire sait absolument comment se comporter face à un ennemi qui braque sur lui ou une arme ou qui s’est bardé le corps d’explosifs dans le but de se transformer en bombe humaine. Le désarmement et le claquement sec d’une chambre de pistolet sans balle peuvent devenir son domaine de définition quand ce sont des civils, des femmes et surtout des jeunes qui, poitrail en avant, lui clament à la figure qu’ils ont faim et qu’ils en veulent à sa gouvernance.

Le procès intenté et gagné par les populations contre les spadassins urbains enrobés dans la  Special Anti-Robbery Squad (Sars), l’unité spéciale de la police nigériane, s’est mué ces derniers jours, en une campagne d’accusations et de reproches beaucoup plus larges. A écouter le discours du président Buhari, il soupçonne des mains opportunistes qui tentent de récupérer les manifestaient à des fins de déstabilisation de son pouvoir. Son opposition ? Ce n’est pas exclu. Des forces plus obscures ? Ce n’est pas à écarter.

Capitaine lors de l’horrible guerre du Biafra, Buhari, sait ce que le mouvement d’une foule peut causer comme dégâts. Président-putschiste dans les années 80, il avait dirigé le Nigéria d’une main de fer. Ces mécontentements de ces dernières semaines, lui laissent dubitatif. Sa sortie le montre à suffisance, il a peut-être compris ses compatriotes, mais pas suffisamment à l’évidence. Mais  il ne faudrait pas aussi  qu’il perde de vue qu’il pourrait s’agir d’un réel mécontentement d’ordre national, qui remonte des entrailles du Nigéria après y avoir été enfouies pendant longtemps, pour se faire à la surface, en passant par une faille créée par cette fameuse unité de police. Si tel est le cas, Buhari pense-t-il que la poigne seule suffit ?

Si ce n’est pas le cas, le président Buhari gagnerait doit très vite mettre un nom sur ceux qu’il soupçonne. Le cas échéant, le monde entier et ses concitoyens ne voient qu’une cavalcade sanglante des forces de sécurité contre ses propres compatriotes, dont des jeunes. Et dans le long terme, si d’aventure cette contestation aux concours non encore précis devrait perdurer dans le temps, cela risque de fortement sentir le roussi pour la stabilité de son pouvoir. Un printemps arabe au Nigéria ? Tout ceci n’est pas bon signe. Et les choses risqueraient de s’empirer si le nombre de cadavres devait s’allonger….

Ahmed BAMBARA

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