Sommet extraordinaire de la CEDEAO sur le Mali : Circonstances atténuantes  à Accra, menaces à Paris

Sommet extraordinaire de la CEDEAO sur le Mali : Circonstances atténuantes  à Accra, menaces à Paris

 Ce n’est pas à Canossa que le colonel Assimi Goïta s’est rendu depuis le samedi 29 mai, en foulant le sol d’Accra. Non, il y est pour répéter aux chefs d’Etat de la CEDEAO, ce qu’il a dit les yeux dans les yeux à leurs émissaires la semaine dernière au casernement de Kati : le président de la Transition au Mali, c’est moi.

Exit le président Bah N’Daw et le premier ministre Moctar Ouane. Le colonel putschiste pourra même se prévaloir de l’onction des grands juges, ce vendredi 28 mai, premier magistrat de jure du Mali. Autrement, arguments que celui qui a réussi la prouesse de 2 coups d’Etat en 9 mois, c’est la raison d’Etat, qui se résume comme il l’a seriné, devant les partis politiques, qu’il a écarté les 2 têtes de l’Exécutif civil pour conjurer le chaos et resserrer les rangs dans une grande muette en proie à une division à fleur de peau à cause de la situation politique et sécuritaire.

Un mémoire en défense qu’on devine qui sera battu en brèche par Goodluck Jonathan et ses compagnons, qui ont à la limite été humiliés à Bamako, ou tout le moins, n’ont pas pu faire bouger les lignes, celles de rétablir le président Bah N’Daw et son premier ministre dans leurs fonctions après leur éviction par la menace des fusils des soldats de Goïta.

La présence même d’Assimi Goïta est plus qu’insolite dans ce cénacle d’Accra. Qu’il ait été reçu dans le huis-clos face aux 14 chefs d’Etat ou de gouvernement, ou à part par le président en exercice de la CEDEAO, le Ghanéen Nana-Akufo Addo, la présence du chef de la junte malienne à Accra est déjà en soi une sorte de bienveillance à son égard.

D’où vient qu’on accepte un putschiste à un sommet de la CEDEAO, qui proscrit toute prise du pouvoir par la force ? Toutes les déclarations y relatives le proscrivent : Bamako, Alger, Lomé … Mais voilà, les temps changent, les mentalités, et la relation avec cette Communauté internationale avec laquelle  on concocte des résolutions à géométrie variable, selon que d’un puissant de cette communauté a intérêt ou pas.

Sans doute, Goïta et ses frères putschistes jouent-ils sur cette corde de la CEDEAO, où souvent les chefs d’Etat ont des discours aux tonalités différentes ?

En suspendant le Mali de toutes les instances de la CEDEAO tard hier sur le coup de 20 h 30, après un aparté  qu’on dit tendu, l’organisation sous-régionale, reste fidèle à son sacro-saint principiel anti-coup d’Etat et tente de se faire respecter après la bravade de la semaine passée au  camp de Kati, et surtout de circonscrire un fâcheux exemple qui pourrait faire boule de neige.

Mais ce sont des sanctions qui ne sont ni chair ni poisson car suspendre le Mali tout en lui enjoignant de nommer un premier ministre civil et de former un gouvernement d’union nationale, c’est comme dit un adage africain c’est mettre une paille dans l’eau à boire  d’une personne qui voulait avaler…une paille ! La junte n’en demandait pas mieux : Goïta est désormais président de la Transition du Mali, il a écarté Bah N’Daw. Trouver un civil pour remplacer Moctar Ouane est un jeu d’enfant c’est quasiment un examen de passage avec un sujet déjà connu qu’ont fait passer les chefs d’Etat au putschiste malien. Surtout que cette personne ronge son frein et est déjà prête attendant seulement le décret de nomination : Choguel Kokala Maïga éminence grise du M5-RFP qui est pressenti pour ce poste.

Est-ce cette perspective qui a fait sortir le président français de ses gongs dans les colonnes de notre confrère le JDD, interview dans laquelle Emmanuel Macron menace de retirer les 5 200 hommes de l’OPEX sahélienne Barkhane présente au Mali depuis 9 ans ? Il y a sans doute d’abord le coup d’Etat en lui -même d’où ce message fort à l’endroit de ses homologues réunis à Accra pour qu’ils en tiennent compte car Barkhane c’est le G5 Sahel. Même  s’il est conscient qu’un Sahel totalement entre les mains des katibas c’est la ruée vers l’Europe par le Sud, la capitonnade malienne ayant sauté.

Mais il est un autre fait qui semble horripiler Jupiter, ce qu’il a nommé «l’islamisme». La proximité de Choguel d’avec le M5-RFP qu’on dit nimbé d’islamisme via le chérif de Niono et l’Imam Dicko explique-t-il cette rodomontade macronienne ? On peut le subodorer et on est mémoratif qu’en août 2020 si le M5 n’a pas osé jusqu’à aller prendre le pouvoir à Koulouba se contentant de pourrir la situation pour laisser à Goïta de cueillir le fruit mûr, on sent ce mouvement politico-religieux renifler vers la colline du pouvoir, un sens interdit pour Macron.

Avec cette porte laissée ouverte de la CEDEAO et cette menace de Macron, jusqu’où ira Goïta ? Comment compte-t-il tenir ?  Va-t-il maintenir la probable nomination de Choguel ? Quelles relations compte-t-il nouer avec le M5 ? .

La REDACTION

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