Sommet France-G5 Sahel de Nouakchott : Après les palabres, retour au front

Sommet France-G5 Sahel de Nouakchott : Après les palabres, retour au front

 Un semestre après le raout de Pau sur le G5-Sahel, quel constat de l’existant sécuritaire dans la bande sahélo-saharienne ?

C’est la principale question à laquelle ont répondu les 5 chefs d’Etat et leur homologue français, Emmanuel Macron qui a cette zone chevillée au corps, la preuve, 24 heures après de Berlin, il a rallié Nouakchott pour prendre part à ce jamborée du G5-Sahel.

La bataille du coronavirus en passe d’être gagnée, les dirigeants du G5-Sahel se sont retrouvés en Mauritanie. Les décisions prises au sommet de Pau ont été évidemment mises sur le billard pour une auscultation de fond en comble. Pau n’a pas été des plus tendres et a été des plus tendus. Les choses n’étaient pas au beau fixe et la zone Sahel était chancelante sur ses jarrets flageolants. Les choses ont-elles changé ?

Oublié le sentiment  anti-Français qui a préludé à la tenue de l’aparté de Pau, il y a 6 mois, dans la capitale mauritanienne, ce 30 juin l’heure était à un inventaire d’étape, et à la prise de bonnes résolutions et la mise de quelques points sur les «i».

Les victoires remportées çà et là par les forces de défense dans le Sahel, dues à l’aguerrissement de ces militaires, l’ont été aussi grâce à l’augmentation de l’effectif de Barkhane qui est passé de 4 500 à 5 100, laquelle Barkhane a jeté son dévolu sur le triangle frontalier Mali-Burkina-Niger, dont il nettoie méticuleusement le sable avec surtout l’opérationnalisation de la Task force Takuba.

Régulièrement d’ailleurs par des communiqués de presse, Barkhane dont le commandement vient de passer entre les mains du général Marc Conruyt a  fait grande œuvre utile, par l’élimination le 3 juin de l’un des ennemis publics n°1 du Sahel : Abdelmaleck Droukdel, chef de l’AQMI ce qui ne doit pas faire oublier, que depuis début 2020, les civils du Sahel, particulièrement au Burkina, ont été massacrés sur les routes, dans les marchés et lieux de culte.

D’ailleurs, il ressort du conclave de Nouakchott, que le pays des hommes intègres est devenu «un couloir inquiétant pour les djihadistes». Nouakchott II ne pouvait pas ne pas faire une halte au Mali, embourbé dans une turbulence politique qui a remué la République, avec le Mouvement du 5 juin. Diplomatiquement, et on l’a entendu de le bouche de Macron, le G5-Sahel a salué, les concessions faites par IBK et les bons offices de la CEDEAO, mais, derrière le dit, il y a le tu et on devine, que IBK a été invité à soigner sa gouvernance, rongée jusqu’à la moelle par le népotisme, les passe-droits, et une incapacité à combattre l’insécurité.

Certainement. Barkhane se tape la poitrine d’avoir réussi des actions d’éclat contre les troupes de la géhenne. Le G5-Sahel aussi un jeu.

Eclaircies militaires, certes, mais noircies par des exécutions extrajudiciaires, au Mali, Burkina et Niger, dont se sont fait échos, plusieurs ONG droits-de-l’hommistes et la MINUSMA, qui pointe 230 victimes de bavures des soldats du Sahel.

De simples dénonciations ne sauraient arrêter ces supposées dérives sécuritaires, et confineraient à de vœux pieux, d’où la décision de judiciariser la lutte contre le terrorisme. Autant, il faut juger ces terroristes, autant, il faut le faire avec des soldats qui commettent des  crimes de guerre.

Mais il faudra veiller à ce que la lourdeur de ces interventions judiciaires, sans compter les menaces qu’elles conduisent avec elles, ne viennent pas quelque peu saper les ardeurs «positives» des soldats sur le terrain. Car, souvent, quoiqu’il est inadmissible de commettre des exactions inhumaines ou injustes,  faire une guerre «propre» contre un ennemi qui se fiche des conventions et autres traités  signés  à tour de bras dans des buildings de verre, revêt parfois les habits de l’impossible. Mais enfin !

Les différents katibas recrutent au sein de populations à l’évidence délaissées et c’est pourquoi l’Alliance pour le Sahel, devra mettre les bouchées doubles pour concrétiser les projets structurants, les projets de développement, pour ceux qui se considèrent comme des damnés de la terre, pour qu’ils se sentent des citoyens à part entière. Du reste, Macron l’a souligné avec force, les populations déplacées, meurtries devront retrouver leurs terres, leur chez soi. Déréchef, il faut que les bailleurs de fonds daignent mettre la main à la poche, or sur ce plan, si la France, les Arabes et quelques autres ont libéré leurs promesses,  beaucoup reste à faire.

Comment oublier cette Libye post-Kadhafi d’où sont partis tous les malheurs du Sahel et Nouakchott II s’y est appesanti en mettant l’accent sur une solution rapide. Enfin, même si c’est de façon subsidiaire, l’attaque de Kafolo à la frontière ivoiro-burkinabè s’est invitée à Nouakchott, et ce coup attribué à Koufa, se veut être un tonitruant avertissement à toute la zone. Après le Sahel, les côtes sont dans le viseur des katibas. Et la bonne nouvelle aussi est l’implication prochaine de forces européennes, telles l’Estonie et l’Italie qui se sont signalées.

Nouakchott II, 6 mois après Pau peut se satisfaire d’éclaircies militaires, dues à Barkhane et tempérées par des supposés crimes de guerres, mais aussi par un recadrage de la politique, mais avec la conviction que la lutte contre le terrorisme au Sahel sera forcément chronophage.

Ahmed BAMBARA

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