Soudan, toujours sous carnage : Désobéissance civile contre pouvoir des canons

Soudan, toujours sous carnage : Désobéissance civile contre pouvoir des canons

C’est un Soudan meurtri, dans lequel les tueries continuent avec 4 nouvelles victimes hier, endeuillé, qui n’a pas fini d’inhumer ses 118 tués par des balles assassines de militaires de la semaine dernière, c’est dans un tel Soudan que le premier ministre éthiopien Ahmed Abiy a foulé le sol pour jouer aux pompiers.

Auréolé de sa réussite en matière de rapprochement entre Oromos et Tigréens, et même d’une réconciliation nationale, que les Ethiopiens croyaient à jamais impossible, tant  la béance était abyssale, entre les descendants du Négus éthiopien, Ahmed Aby n’aura pas pourtant parvenu, à une désescalade à Khartoum, même pas à un armistice de façade. La preuve, alors qu’il finissait cette visite de médiation dans un Khartoum «fantomisé» mais où bruissait un comice de barricades de pneus, de bouts de fer, de pierres, de briques et de troncs d’arbres, alors qu’il terminait cette visite, l’Association des professionnels soudanais (APS), fer de lance de la lutte, décrétait la poursuite de la grève et une opération de «désobéissance civile». Une action collective pour désavouer les tueries du 3 juin dernier et les ratonnades et violences perpétrées par les militaires, lesquelles n’ont d’ailleurs pas cessé, loin s’en faut.

Situation kafkaïenne au Soudan, mais inédite également, où même si les esquisses de cette désobéissance civile n’ont pas encore livré toute sa forme, l’ultime but des manifestants est le départ de ceux qui ont retourné les armes payées par l’argent des contribuables contre leurs frères civils. Une lutte même celle qui oppose des militaires putschistes aux populations civiles est toujours façonnée par la vaillance des combattants, la méthode et les moyens utilisés.

A y regarder de près, on a comme l’impression que, c’est David contre Goliath au Soudan, le Conseil militaire dans le rôle de Goliath et le peuple dans celui du petit berger au lance-pierres.

Car la méthode de résistance pacifique qu’est la désobéissance civile a l’avantage pour peu que les Soudanais tiennent un certain temps, elle a la faculté de contraindre l’armée à constater qu’elle gouverne un pays qui renâcle à lui obéir, donc in fine qu’elle gouverne ‘’quedal’’. Pour cela, le temps est un allié, mais il faudra également que la Communauté internationale, pour faire tendance, c’est-à-dire les USA et l’Arabie Saoudite disent stop aux soldats soudanais, transformés en soudards qui tuent.

C’est désormais en tout cas la désobéissance civile face aux gâchettes des armes des militaires au Soudan. Une tambouille disproportionnée, sauf que dans toute lutte, le peuple paie un lourd tribut, subit souffre, mais gagne toujours à la fin, et ce n’est pas le clap d’un film de série B.

Depuis le 11 avril 2019, chute d’Omar El Béchir et ce 3 juin 2019, carnage de 113 civils, le fossé entre les deux entités civils et militaires est tel qu’il faudra attendre Mathusalem pour une paix, voire un accord à minima.

Les militaires accepteront-ils après 20 ans de désastre politique au Soudan de remettre le pouvoir aux civils et de rentrer dans les casernes ? Quels résultats tangibles faut-il attendre de cette désobéissance civile ? Le ciel politique est toujours noir de nuages.

La REDACTION

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