Supposées exécutions extrajudiciaires au Burkina-Mali-Niger : Les FDS sur la sellette d’Amnesty International

Supposées exécutions extrajudiciaires au Burkina-Mali-Niger : Les FDS sur la sellette d’Amnesty International

C’est un véritable brûlot que jette Amnesty International sur le sable caniculaire du Sahel avec le titre de son rapport : «Ils en ont exécuté  certains et emmené d’autres avec eux : Périls pour les populations civiles dans le Sahel». Une enquête circonstanciée qui indexe les Forces de défense et de sécurité (FDS) du Burkina, du Mali et du Niger d’avoir froidement exécuté sans autre forme de procès 199 personnes entre février et avril 2020.

Ainsi l’ONG pointe les cas des localités de Diabaly et Dogofry au Mali, dans la région de Ségou où entre le 3 février et le 11 mars 2020, il y a eu 23 cas d’exécutions extrajudiciaires et autres homicides illégaux, 27 arrestations arbitraires, sans oublier les disparitions forcées. Au Mali, des incendies de villages et des exécutions illégales ont été mentionnés par Amnesty International, avec 29 villageois tués, selon des sources issues de l’Association malienne Tabital Pulaaku.

En ce qui concerne le Niger, Amnesty international étaye ses accusations sur la base des victimes répertoriées à Tillabéry dans le Sud-Ouest où 115 personnes sont portées disparues dans le cadre de l’opération Almohou qui s’est déroulée entre le 27 mars et le 2 avril 2020. Conclusion de Samira Daoud, directrice d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale. «L’insécurité règne au Sahel où la population est piégée entre les attaques des groupes armées et les opérations militaires…».

En vérité, Amnesty International enfonce des portes déjà ouvertes par notamment le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) au Burkina Faso ou par Tabital Pulaku au Mali ou Human Rights Watch ou Oxfam, et même par la division des droits de l’homme de la MINUSMA. En effet, ces différentes organisations ont régulièrement dénoncé des supposées libertés prises par les FDS au Sahel dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Pression politique sur les sécurocrates, depuis le sommet de Pau, afin d’obtenir des résultats probants, comme le laisse entendre Ousmane Diallo, chercheur à Amnesty International ? Bavures de guerre, inévitables sous tous les cieux lorsque les hommes prennent les armes ? Volonté d’en finir avec un terrorisme indiscriminé, qui depuis des années ensanglante le Sahel, et inhibe tout développement sur les territoires concernés ?

Toujours est-il qu’on ne peut pas suspecter Amnesty International, d’être une ONG croupionne de quelques Etats puissants que ce soit ! Elle soulève un vrai problème, qu’il serait abscons de balayer du revers de la main sous le couvert qu’on est à la guerre. Car même dans une guerre classique, il y a ce qu’on appelle les crimes de guerre. Il n’y a pas de guerre propre, ni de guerre chirurgicale qui tienne. Toute guerre classique ou asymétrique est toujours sale, meurtrière, laide car dedans la mort n’est point un dysfonctionnement, la grande faucheuse y est consubstantielle. Dans le cas d’espèce du Sahel, ces supposées dérives décriées par Amnesty International divisent même les populations : dans les salons feutrés, dans la rue, il n’est pas rare de surprendre une conversation, où il est question de ces «tueries ciblées» «ethniques», cas récent au Burkina où la controverse est toujours vive au sujet des 12 suppliciés de Tanwalbougou à l’Est du pays, 12 personnes appréhendées comme des terroristes, qui sont mortes dans leur cellule, étouffées selon la version officielle, «exécutées» par balles selon le CISC.

Ce que exhume Amnesty International, c’est moins la riposte des forces de défense, qu’une supposée tuerie communautaire ! Le mot fait peur, et pourtant, il est dans tous les esprits. A mots couverts Amnesty international embouche la même trompette que d’autres personnes pour dire qu’il y a une ségrégation dans la lutte armée contre les terroristes. Une communauté serait visée ! C’est aussi ce que dénoncent certaines autorités du Sahel qui condamnent les stigmatisations et les équipées contre une supposée population donnée. De tels travers attisent les tensions communautaires, bourgeons de guerre civiles. Mais en même temps aussi l’opinion publique voudrait que les mêmes droits-de-l’hommistes donnent la voix lorsque des populations civiles au marché, sur un lieu de culte ou sur une route, sont tuées par ces terroristes-là. Rien que par parallélisme des formes !

Le Sahel est aujourd’hui, une sorte d’arène romaine, ou les curées de part et d’autres sont très sanglantes. S’il appartient aux forces de défenses de faire le distinguo, entre ennemis et simples populations, il est souvent difficile sous la pression, et les menaces prégnantes de savoir qui est qui, tant terroristes et populations de certaines localités sont en osmose. Et il y a le risque aussi à trop tirer sur la conscience des FDS, de leur saper le moral. Ceci étant, il est de bon aloi  qu’Amnesty International tire la sonnette d’alarme, car il n’y a pas de guerre sans victimes collatérales, surtout dans une guerre oblique mais quand ces victimes collatérales deviennent nombreuses, il y a sûrement problème .

Pélagie OUEDRAOGO

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