Tchad de l’après-Deby : Maintenant c’est clair avec Jupiter  et l’UA mais pas pour le Sahel !

Tchad de l’après-Deby : Maintenant c’est clair avec Jupiter  et l’UA mais pas pour le Sahel !

Contrairement aux dires d’Emmanuel Macron en novembre 2017 à Ouagadougou devant des étudiants burkinabè subjugués, il existe toujours   bel et bien une politique africaine de la France, pas  forcément des reliques foccardiennes, encore moins le NI-NI (le fameux ni indifférence-ni ingérence)  mais il y a bien ingérence pour des raisons sécuritaires, géostratégiques et humanitaires. Cas pratique : le Tchad.

Ce vendredi 23 avril après l’hommage national au maréchal Idriss Itno Deby sur la Place National à N’Djaména, en présence d’une douzaine de chefs d’Etat dont le Français Emmanuel Macron, et après son inhumation à Amdjaress sa région  natale, la politique, la diplomatie, les menaces et le théâtre d’ombre ont repris leur droit. Avec moults interrogations : Quel Tchad pour l’après-Deby ? Quel Sahel sans son «gendarme local» ? Quelle perspective avec la junte ? L’appel de l’Eglise tchadienne sera-t-il entendu ? Mais aussi avec une clarté de la France qui s’est dessinée de façon nette.

Installé au pouvoir par l’armée tchadienne avec son quarteron de généraux, et porté aux nues par la France qui n’avait vraiment pas beaucoup d’options, le Gl Mahamat Idriss Deby Itno alias Kaka cornaque désormais le Conseil militaire de Transition (CMT), lequel dirigera le pays pour les 18 mois à venir avant d’hypothétiques élections si l’on  en croit la Charte de la Transition. C’est dit !

Le verbatim macroniste prononcé  en guise d’oraison funèbre devant le cercueil de Deby: «La France ne laissera jamais personne, ni aujourd’hui ni demain menacer la stabilité et l’intégrité du Tchad», est sans quiproquo. Indexés le FACT qui a fait le coup de feu mortel contre «IDI» mais toutes les autres rebellions qui grenouillent dans les sables tchadiennes et aux frontières Nord et Est du pays.

Cantonnée aux fournitures de renseignements et à la logistique, aux vols de Rafales en rase-mottes en faveur de l’armée tchadienne, la France pourrait changer de posture et déverser quelques salves contre d’éventuels rebelles qui n’auraient pas compris cette mise en garde de Jupiter. Au demeurant menace reçue 5 sur 5 par Mahamat Mahadi Ali le leader du FACT, qui a rétropédalé en affirmant «qu’il est disposé au dialogue, qu’il n’a nulle intention de «venir s’installer à N’Djaména et que seule importe l’alternance». Qui est fou ? En matière militaire le rapport de forces ramène toujours à la raison.

Quant à l’Union africaine (UA)  son président en exercice le Congolais Felix Tshisekédi, il s’est contenté  en guise de discours d’adieu devant la dépouille de Déby, de prôner l’entente entre les fils et les filles du Tchad. Le Tchadien Mahamat Moussa Fakit, président de la commission de l’UA est resté lui quasiment atone. Son appel à la restauration d’un gouvernement civil est un vœu pieux. Qu’y pouvait-il lui l’ex premier ministre de Déby et qui doit sa place à l’UA grâce au maréchal ? L’UA entérine aussi ce passage de pouvoir kaki. Inutile de parler de la CEAC, car si sa consœur ouest africaine  la CEDEAO, est souvent accusée de dilettantisme, voire d’incompétence, la CEAC est  carrément hors-jeu en Afrique centrale. C’est donc que le coup d’Etat sur le cadavre de Deby est accepté par la communauté internationale. Cap sur la transition et son mode d’emploi.

Au Tchad, ce n’est pas nouveau pour la France qui après avoir sauvé le père son «ami et allié» à plusieurs reprises, veillera  au grain sur le fils en 2021  même si on perçoit un fléchissement diplomatique  de la part de l’Elysée. 

En effet si la France porte la junte tchadienne du bout des bras, elle laisse une porte entrebâillée quand elle évoque une transition inclusive. Ça fait politiquement correct mais on voit mal comment et avec qui le CMT la fera ? Est-ce que la création d’un poste de premier ministre dévolu à un civil est un pas dans cette décrispation politique ? Le triumvirat de négociateurs Macron-Bazoum-Gazouani ira-t-il jusqu’à prendre langue avec les rebelles ? Des élections inclusives et libres sont-elles possibles à l’issue des 18 mois de transition ? Un scénario à la soudanaise avec un gouvernement civilo-militaire transitionnel est-il envisageable au Tchad ? On ne peut que conjecturer. Et toutes ces incertitudes tchadiennes ont un lien direct avec le Sahel qui se trouve du coup plongé davantage dans un légitime doute sécuritaire. Certes, nul n’est indispensable sur cette terre, mais il est des moments où un pays ou une région est orphelin d’une personne ! C’est le cas de Deby pour la sous-région.

Avec cette gestion du pouvoir de  l’après-Deby, l’ancienne métropole montre clairement qu’il n’est point question de toucher à ses  intérêts dans  son ex-glacis. Et subséquemment dans le Sahel même si tout n’est pas encore lisible et traçable. Manœuvrer à ce que ça ne pète pas davantage au Tchad afin que les 1 200 guerriers tchadiens qui viennent de déposer leurs paquetage dans la zone des 3 frontières ne les remballent pas, car Barkhane en a besoin pour l’épauler, voilà l’impératif qui taraude la France car si les armes se mettent à tonner au Tchad, le Sahel devient secondaire pour ce pays, il faut d’abord éteindre son propre incendie avant de jouer au pompier ailleurs.

Depuis 2013 au Mali  et depuis des décennies au Tchad, la France préserve ses billes mais est le défenseur  attitré de ce Sahel et les Africains seront bien inspirés  de cesser de monter sur leurs grands chevaux de chauvinisme et de patriotisme de mauvais aloi, mais de regarder plutôt les réalités en présence.  Celui qui paie la guitare impose la musique qu’il veut écouter. Telle est une des lois d’airain en politique.

Sam Chris

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