Tueries de Seytenga au Burkina Faso : Prudence, mais circonspection aussi !

 Tueries de Seytenga au Burkina Faso : Prudence, mais circonspection aussi !

Que s’est-il passé exactement dans cette funeste nuit du 11 au 12 juin à Seytenga, dans la province du Séno, localité située à 47 km de Dori où il est question de tueries de masses de civils ? Pour le moment, prudence et … également circonspection s’imposent !

Régulièrement, Seytenga est l’objet d’attaques djihadistes, et même le jeudi 9 juin dernier, il y en a eu dans cette localité. Rapidement, la presse de caniveau, reprise par la toile et relayée par les différents réseaux ont balancé des chiffres qui donnent la chair de poule : 116 tués ? 137 tués ? Peut-être même moins. Qui sait? D’aucuns poussent le bouchon jusqu’à 200 en se référant à des prétendus témoignages de rescapés et même d’un bourgmestre, celui de Diguel, qui atteste que les tueries sont similaires à celles de Solhan, c’est-à-dire que c’est maison après maison que les terroristes ont accompli leurs basses besognes. On se rappelle à l’époque de Solhan, qu’on avait évoqué une centaine et le gouvernement a donné 47 tués.

Pour le moment, il faut s’en tenir au communiqué gouvernemental qui stipule qu’à «l’étape actuelle, un bilan officiel ne peut être établi au regard de la complexité de la situation» et qui «invite les Burkinabè à se démarquer des bilans hâtifs et des chiffres diffusés sans vérifications préalable». Chiche ! C’est vrai, ces chiffres pourraient avoir été donnés par l’ennemi. Le porte-parole du gouvernement a fait son travail et s’est fendu d’un communiqué, lequel est infirme d’un détail de taille quoiqu’on dise : le chiffre des victimes, même très provisoire. Le Burkina Faso, c’est un Etat, un gouvernement qui doivent pouvoir fournir cette info capitale aux populations lesquelles ne peuvent pas se satisfaire de ce laüs gouvernemental.

En fait, c’est aussi ce genre de communiqué indolore qui fait bien certes d’inviter à la prudence, à ne pas tomber dans la recherche du sensationnel et du faux scoop, fourni peut-être par les terroristes, mais qui a le désavantage dans le cas d’espèce, de ne pas donner l’info qui intéresse le plus les Burkinabè : le nombre de gens tués et blessés ! Et par conséquent, entretient l’hésitation et le doute ! Qu’on veuille prendre tout le temps pour les vérifications d’usage, pour donner des chiffres fiables est une bonne chose de la part du gouvernement, mais ne pas laisser le  «vide médiatique», ce fameux «tunnel» bien connu des médias et propices à toutes les supputations et qu’adorent d’ailleurs les terroristes !

Courageusement, le gouvernement devait donner des bribes d’info dès hier sur le coup de midi, quitte à les affiner au fur et à mesure, c’est cela aussi la communication en temps de guerre, puisque cette communication n’est pas un dysfonctionnement de la guerre, elle en fait partie intégrante !

Non, le gouvernement n’a pas bien communiqué ici par ce communiqué laconique ! Prudence, Ok, mais qui engendre la perplexité et «l’infocaplypse» car si d’aventure, les chiffres avancés au hasard par la toile se rapprochaient in fine de ceux que les sources gouvernementales vont fournir (hier nuit ou ce jour 13 juin), la vox populi aurait eu raison trop tôt.

Ne pas se précipiter, mais quitte, à donner les chiffres à dose homéopathique, voilà ce que devrait faire le gouvernement ! Dans les guerres de communication même celles symétriques partout dans le monde, le journaliste est souvent face aux sources médicales, gouvernementales, locales (témoins) et militaires. Et toutes ces sources n’ont pas le même degré de fiabilité pour l’homme de média. A Seytenga qu’on sait ne pas être sous contrôle étatique entièrement, le gouvernement devait donner un chiffre, non-exhaustif dès hier dans l’après-midi, avec possibilité de recadrage au fil du temps ! C’est la seule parade contre les chiffres bidonnés, qu’il veut combattre justement.

La REDACTION

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