Ultimatum de la Côte d’Ivoire et du Ghana aux multinationales du cacao : Vers une redistribution des cartes

Ultimatum de la Côte d’Ivoire et du Ghana aux multinationales du cacao : Vers une redistribution des cartes

C’est une grande première dans l’univers du cacao. La Côte d’Ivoire et le Ghana ont fixé le délai du 20 novembre courant aux multinationales du cacao, pour respecter le montant des primes destinées aux planteurs. C’est ce qui ressort d’un communiqué émis par le Conseil café-cacao ivoirien. Selon le texte, en cas de non-respect de ses exigences à cette date, le Conseil du  café-cacao et le COCOBOD menacent de faire des recommandations à leurs gouvernements respectifs pour la prise de mesures de restrictions contre les multinationales. Ces mesures pourraient aller de la suspension de tous les programmes de durabilité à l’interdiction d’accès aux plantations dans le but d’effectuer des prévisions de récoltes.

Cet ultimatum qui fait suite à la rencontre des acteurs du secteur, tenue à Abidjan la semaine écoulée, sonne comme une révolte des producteurs de cacao décidés enfin à arracher leurs droits face à des multinationales peu enclines au respect de leurs intérêts. Les deux leaders qui pèsent pour 60% de la production mondiale de l’or brun, exigent un engagement à payer la totalité du « différentiel de revenu décent». Il s’agit d’une prime de 400 dollars par tonne, en plus du cours du cacao.

Notons que le 31 octobre et le jeudi 3 novembre derniers, dans le cadre du suivi du pacte économique passé entre les multinationales, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont initié des discussions, respectivement avec le chocolatier Mondelez et les exportateurs Cargill, Olam, Ecom Trading, Cemoi, Touton, Barry Callebaut, ETG et Sucden. Lors des discussions, les deux pays ont tenu à exprimer leur vive préoccupation sur les réticences de l’industrie du cacao à respecter ses engagements librement exprimés à payer le Différentiel de revenu décent (DRD).

Face à ces réticences et à la sourde oreille  que font ces chocolatiers, il n’est donc plus question pour les deux pays de se laisser conter les choses.

Passée l’étape des négociations et des plaidoyers, la Côte d’Ivoire et le Ghana viennent de franchir un palier dans la lutte pour les droits des planteurs de cacao. Comme un réveil quelque peu tardif, l’heure ne semble plus aux tergiversations ou à la lutte en rang dispersé. Le Conseil du café-cacao et le COCOBOD semblent déterminés à obtenir plus d’égard de la part des multinationales qui, depuis des décennies, se sucrent sur le dos des milliers de planteurs qui triment à longueur de journée pour faire tourner leur turbine. Le moins que l’on puisse dire, c’est que dans cette bataille, ces deux organismes de cacao ne sont pas seuls et bénéficient  du soutien indéfectible de leurs gouvernements respectifs à savoir celui de la Côte d’Ivoire et du Ghana qui ont eu le temps d’accorder leurs violons avant coup. Il s’agit également d’un combat pour une redistribution des cartes dans ce secteur.

Parviendront-ils à faire plier les industriels par leurs exigences ? Auront-ils le dos assez large pour passer à l’acte en mettant à exécution leurs menaces si rien n’est fait ?  L’issue de ce bras de fer qui s’annonce long, dépendra du rapport de force entre les protagonistes. Il n’est donc pas exclu que des manœuvres sordides soient employées pour briser cette dynamique revendicative. S’il faut se féliciter de cette prise de conscience des deux géants mondiaux du cacao, il faut aussi déplorer l’absence de politique industrielle visant à transformer cette manne qui constitue une immense source de revenus pour leurs économies. C’est le lieu donc pour ces deux Etats d’explorer cette piste qui pourrait faire vaciller ces multinationales et rejeter leur diktat.

Davy Richard SEKONE

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0
Aujourd'hui au Faso

GRATUIT
VOIR