Victoire de Museveni au 1er tour en Ouganda : Bobi Wine, à quoi bon s’exciter ?

Victoire de Museveni au 1er tour en Ouganda : Bobi Wine, à quoi bon s’exciter ?

C’est fait ! Sans surprise, le président sortant, Yoweri Museveni, a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle du 14 janvier dernier. Selon les résultats provisoires annoncés par l’instance nationale en charge des élections, c’est avec 58,64% des voix contre 34,83% pour son principal challenger, Bobi Wine, que le président –candidat a remporté cette élection. Comme  il fallait s’y attendre, ces résultats ont été aussitôt rejetés par la Plateforme de l’Unité nationale (NUP) qualifiés de «chiffres fabriqués», par son leader toujours «assigné en résidence» depuis le vendredi 15 janvier, lendemain du scrutin.

Sixième mandat donc pour le Bismarck des Grands lacs qui on l’imagine, ne veut rien lâcher et n’entend pas se laisser décoiffer par un jeune trentenaire «fringuant». Après l’annonce de sa victoire, Yoweri Museveni a qualifié cette élection «de vote des Ougandais pour  l’amour de leur pays, pour le panafricanisme et pour la démocratie».

Le moins que l’on puisse dire sur la tenue de ce scrutin, c’est que tout avait été mis en place pour «offrir» un énième mandat au plus que septuagénaire. Victime d’une police qui n’avait pas hésité à réprimer dans le sang, plusieurs de ses rassemblements, celui qui se fait surnommé «président du Ghetto», a la rancune tenace. Mais que peut-il face à un régime qui n’en a cure du respect des droits humains ? En dénonçant des fraudes, des bourrages d’urnes et en rejetant les résultats du scrutin du 14 janvier 2021, Bobi Wine est dans son rôle d’opposant. Il perpétue en quelque sorte une tradition chère aux opposants africains.

Si jusque-là, son parti n’a pas encore appelé ses militants dans la rue pour contester les résultats, et entend privilégier la voie des recours légaux, le rappeur  dont la résidence a été encerclée par la police est conscient de ce qui pourrait advenir. Alors, va-t-il faire contre mauvaise fortune, bon cœur en se tenant à carreau face à ce simulacre d’élection ?

Quelle sera la réaction de cette jeunesse ougandaise désillusionnée, dont il est le porte-voix face à ce régime liberticide dont il devenu la principale cible à neutraliser ?

L’exemple ougandais est illustratif du mal de la démocratie en Afrique.  En janvier 1986, Yoweri Museveni, alors rebelle marxiste et panafricaniste, prenait le pouvoir par les armes. A l’époque, l’artiste Bobi Wine n’avait que 3 ans. Aujourd’hui, celui qui jadis faisait figure de «héros de la libération» est devenu au fil des années un autocrate à la tête d’un régime répressif face à toutes les voix discordantes dont le fer de lance est la jeunesse.

 Icône de cette frange de la société, l’artiste joue son avenir politique après cette réélection du vieux briscard Museveni même si on sait qu’il ne dispose pas d’une marge  de manœuvre conséquente face à l’appareil répressif du régime en place. Il devra donc, prendre son mal en patience et continuer de titiller le « vieux » en attendant une ouverture démocratique véritable.

Davy Richard SEKONE

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